Dans les premiers trimestres suivant une entrée en Ehpad, les prescriptions potentiellement inappropriées de benzodiazépines augmentent de 10 points, d’après une nouvelle étude de l’Institut de recherche et documentation en économie de la santé (Irdes).
En France, en 2019, 48 % des résidents en Ehpad étaient concernés par une prescription potentiellement inappropriée de benzodiazépines, contre 21,5 % des personnes âgées vivant à domicile, d’après une étude EPI-Phare de 2023. Il s’agit de prescriptions dites « chroniques » supérieures à trois mois* ou de prescriptions de benzodiazépines à longue durée d’action, déconseillées chez les plus de 65 ans. Au regard de ce phénomène, l’Irdes analyse le rôle propre des Ehpad en mesurant l'impact de l'admission sur les prescriptions potentiellement inappropriées de benzodiazépines.
Les anxiolytiques sont les plus surprescrits
L’étude révèle qu’en moyenne, sur les trimestres précédant leur entrée en Ehpad, 29 % des personnes âgées sont exposées aux prescriptions potentiellement inappropriées de benzodiazépines. Cette proportion augmente significativement à 40 % après, soit une hausse de 10 points, principalement liée aux prescriptions chroniques d’anxiolytiques (+ 6 points, contre + 1,5 pour les hypnotiques seuls et + 2 points pour les prescriptions combinées). La hausse est majoritairement portée par les résidents qui n’avaient pas de prescription avant : la probabilité de recevoir des prescriptions potentiellement inappropriées était plus élevée de 9 points au premier trimestre et 20 points après le troisième trimestre.
Outre l'initiation, on observe le maintien de ces nouvelles prescriptions potentiellement inappropriées : la probabilité de déprescription est inférieure de 2 à 4 points après l’entrée en Ehpad. « Or, ces médicaments perdent en efficacité avec le temps, tandis que leurs effets indésirables (dépendance, troubles de la mémoire, chutes) se renforcent », alertent les chercheurs.
Ainsi, si d’autres facteurs indépendants peuvent expliquer la forte prévalence de prescriptions de benzodiazépines en Ehpad (état de santé dégradé, pratiques de prescription du médecin traitant), l’entrée dans l’établissement en tant que telle joue bien un rôle distinct.
De meilleures pratiques dans le public hospitalier
Les chercheurs ont aussi réalisé une analyse par typologie d’établissement. On retrouve ainsi une probabilité d’admission associée à une hausse de nouvelles prescriptions inappropriées augmentée de 31 points dans le secteur privé lucratif, de 27 points dans le non lucratif et de 28 points dans le public non hospitalier contre seulement 16 points dans le public hospitalier.
Pour les résidents ayant déjà eu au moins une prescription au préalable, l'admission en Ehpad est associée à une hausse de probabilité de mauvaise prescription de 15 points dans les établissements privés lucratifs, de 13 points dans les établissements privés non lucratifs et de 12 points dans les établissements publics non hospitaliers. À l’inverse, l’entrée dans un établissement public hospitalier est liée à une diminution de 14 points de cette probabilité. Ces meilleures pratiques de prescription dans les Ehpad publics hospitaliers seraient explicables par « le faible nombre de prescripteurs et la culture gériatrique plus développée », d’après l’étude, qui souligne un « rôle central de coordination des soins médicaux » par l’infirmière cadre.
Une évaluation régulière des traitements et alternatives non médicamenteuses
Les auteurs de l’étude proposent de renforcer les compétences médicales et de réévaluer systématiquement des traitements par une équipe pluridisciplinaire. « Nos résultats soulignent que les deux premiers trimestres constituent un moment clé au cours duquel une intervention serait pertinente. L'initiation des prescriptions ayant lieu durant cette période, l'évaluation systématique pourrait permettre de prévoir, dès l'initiation ou juste après, la déprescription du médicament, telle que recommandée par la Haute Autorité de santé, avant que la personne ne développe une accoutumance », précisent-ils. Pour les personnes ayant déjà une prescription chronique avant leur entrée dans l’établissement, les chercheurs proposent de programmer une déprescription progressive.
Les auteurs insistent aussi le développement d’alternatives non médicamenteuses, pour réduire les troubles anxieux et les troubles du sommeil : adaptation de l’environnement, disponibilité du personnel, prise en charge psychologique adaptée, élimination des sources de lumière et de bruit pendant la nuit, encouragement de la pratique d’activités physiques ou de relaxation, mise en place de routines apaisantes au coucher, etc.
Même si ces alternatives nécessitent du temps pour être mises en place et des investissements relativement coûteux, « améliorer les financements, repenser l'architecture et l'organisation des soins et des activités en Ehpad pour mieux s'adapter au rythme et aux besoins de chaque résident pourrait contribuer à réduire les prescriptions de benzodiazépines en Ehpad, mais également d'autres événements indésirables (chutes, hospitalisations, etc.) et représenterait un véritable progrès en matière de qualité de vie », défendent les auteurs de l’étude.
* La Haute Autorité de santé préconise une durée maximale de prescription de trois mois pour les anxiolytiques et d'un mois pour les hypnotiques.
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