La Fondation Cœur et Recherche de la Société française de cardiologie (SFC) appelle à améliorer la prévention cardiovasculaire pour endiguer le fardeau des maladies cardiovasculaires en France et dans le monde. Alors que se tiendront du 14 au 16 janvier 2026 les Journées européennes de la SFC, des membres de la société savante ont souhaité rappeler qu’en santé cardiovasculaire, « prévenir, c’est guérir ». « La prévention est le fil rouge des 36es Journées européennes de la SFC, et à la Fondation nous voulons porter ce message : prévenir, guérir et mieux vivre », a introduit le Pr Ariel Cohen, président de la Fondation Cœur et Recherche lors d’une conférence de presse.
Le Pr Cohen et ses confrères, le Dr Marc Villacèque et le Pr Bernard Iung, ont déploré le manque d’investissement dans la prévention cardiovasculaire en France, bien que les maladies cardio-neurovasculaires soient la deuxième cause de mortalité dans le pays et un « marqueur puissant des inégalités sociales de santé ».
« Les maladies cardiovasculaires ont une réelle charge sociétale, avec 1,2 million d’hospitalisations et environ 140 000 décès par an. Pourtant la prévention ne représente qu’une petite part du budget de la santé, ainsi que du financement de la recherche publique et privée », expose le Pr Ariel Cohen. À titre d’exemple, il cite les 186 euros dépensés par habitant pour les soins préventifs en France en 2022 face aux 457,70 euros dépensés en Allemagne la même année, ou encore les 7 % du budget de l’Inserm dédié à la recherche cardiovasculaire quand certains organismes de recherche publics européens avoisinent les 30 %. « À cela se rajoute le coût des quatre tueurs, parfois silencieux, que sont l’hypertension artérielle, le diabète, l’obésité et l’hypercholestérolémie », complète le président de la Fondation.
« La prévention ne peut reposer uniquement sur la responsabilité individuelle »
Alors que les modes de vie et l’environnement jouent un rôle majeur et croissant dans la gestion des facteurs de risque cardiovasculaire (CV), comme en témoigne l’étude du Global Cardiovascular Risk Consortium publiée dans The New England Journal of Medicine, le Dr Marc Villacèque présente la prévention comme une solution double pour améliorer la santé des patients et rééquilibrer les comptes sociaux. « Notre système de santé fait face à trois mutations : démographique avec le vieillissement de la population, épidémiologique avec l’augmentation des malades chroniques et polypathologiques, et technologique avec des innovations en santé pour le diagnostic, le traitement et le suivi », a détaillé le membre du conseil d’administration de la SFC.
Alors que la demande de soins augmente, mais pas l’offre avec de fortes inégalités de santé régionales, sociales et de genre, le cardiologue libéral de Nîmes propose de renforcer la prévention à l’échelle individuelle et collective. « Nous pourrions prévenir trois décès cardiovasculaires sur quatre », affirme-t-il. Pour cela, « la prévention pourrait commencer dès le plus jeune âge avec une valorisation de l’activité physique et de la nutrition, une lutte contre les addictions précoces ; et continuer tout au long de la vie avec Mon Bilan prévention et une meilleure information auprès des femmes. Le dépistage précoce sera aussi central, un domaine dans lequel l’intelligence artificielle sera intéressante pour une médecine plus prédictive et efficace ».
« Le plus important est d’autonomiser le citoyen et de renforcer la sensibilisation en parallèle, car la prévention ne peut reposer uniquement sur la responsabilité individuelle », précise le Dr Villacèque, rappelant le rôle primordial des structures de santé (communautés professionnelles territoriales de santé, équipes de soins spécialisés, établissements hospitaliers…). « Les politiques d’urbanisme sont importantes ! Par exemple, aménager des pistes cyclables et des espaces verts, lutter contre l’installation des fast-foods… », renchérit-il. Enfin, le cardiologue souhaiterait que les stratégies nationales, nombreuses, soient moins dispersées et davantage coordonnées pour porter un message commun sur la prévention en santé.
Une proposition de projet de loi (PPL) transpartisane visant à « accélérer la prévention cardio-neurovasculaire et anticiper un risque sanitaire et social majeur » a été déposée à l’Assemblée nationale le 23 décembre 2025. Présentée par deux anciens ministres de la Santé désormais députés, Agnès Firmin-Le Bodo (Horizons) et le cardiologue Yannick Neuder (Droite républicaine), ce texte promeut un repérage plus précoce tout au long de la vie et prévoit l’organisation annuelle en milieu professionnel d’une action de sensibilisation aux facteurs de risque cardiovasculaire au bénéfice des salariés.
PRÉVENTION : le mémo de la SFC
Pas de tabac ; Réduction du stress et de la sédentarité ; Éviter le surpoids et encourager un poids de forme bénéfique pour le cœur ; Vigilance tensionnelle ; Envisager les troubles du sommeil ; Nutrition pauvre en graisses saturées, sucres et calories ; Tester sa glycémie et son cholestérol ; Intensifier l’activité physique ; Observer les antécédents familiaux ; et Ne jamais banaliser les signaux d’alerte.
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