Tous les étudiants en médecine y passent, en TP d’anatomie. Une étape obligée pour découvrir, scalpel à la main, les subtilités anatomiques de l’être humain. Tandis que certains observent une minute de silence, d’autres se déchargent de toute solennité.
Pourtant, « ce n’est pas rien », indique Catherine Le Grand Sébille, socio-anthropologue en charge de l’étude nationale sur la ritualité funéraire dans le cas des dons du corps. Car ces dépouilles, parfois morcelées et imbibées de formol, ont une histoire. Mais celle-ci a-t-elle été respectée ? Pas toujours, observe la chercheuse en sociologie.
« Un silence social »
Dans le cadre de cette étude réalisée par la fondation Services Funéraires de Paris, Catherine Le Grand Sébille a observé une hétérogénéité des pratiques, plutôt marquée par un manque de ritualité. La faute, selon elle, à « un silence social » qui voile le devenir des corps donnés à la science. Un silence social qui aurait pour conséquence de nuire au deuil des proches des donateurs. La question étant : comment faire son deuil en l’absence de corps ? Car qui souhaite célébrer le décès d’un proche donateur, doit se confronter à de multiples obstacles : délai chronométré avant le transfert du corps, manque de traçabilité, manque d’interlocuteur, long délai avant la crémation, etc. Parmi la trentaine de proches des donateurs interrogés par les chercheurs, beaucoup évoquent l’impossibilité de rassembler les proches avant le transfert du corps, la difficulté à attendre la restitution des cendres, et enfin la difficulté à mettre en place un rite funéraire sans support matériel. Face aux problématiques soulevées par cette étude, peu de réponses n’ont été données à ce jour. Probablement en raison de la minorité d’individus concernés.
Résistances et fausses croyances
Chaque année, on dénombre 2 500 dons du corps en France, un chiffre qui correspond à 0,5 % des décès. Sur les 28 centres de dons du corps, seulement six acceptent de restituer les cendres à la famille. Et sur ces six centres, deux ne les remettent qu’à la demande expresse de la famille. Pourquoi si peu ? Du fait des résistances des professionnels, en partie. L’étude de la fondation des Services Funéraires de Paris en a soulevé quelques-unes, avec une part belle donnée aux idées fausses. La principale d’entre elles : la soi-disant impossibilité juridique de restituer les cendres du fait de l’anonymisation des corps. « Ce qui est faux », souligne la socio-anthropologue. Quant aux professionnels qui invoquent la difficulté pour les proches de revivre le deuil à la restitution des cendres, Catherine Le Grand Sébille rétorque « ce qui est difficile, c’est l’absence de cérémonie, et l’absence potentielle de lieux de recueillement ».
« Cérémonies de souvenir »
Sans restitution des cendres, le délai avant la dispersion des cendres peut atteindre un an. Pour ceux qui ont la possibilité (et le désir) de récupérer les cendres, ils devront patienter six mois, avant que le corps ne soit rendu au crematorium. La restitution des centres apparaît alors comme un moment crucial, dont « la dimension cérémoniale est appréciée » par les proches interrogés pour l’étude, rapporte la sociologue. Mais lorsqu’on est privé de cette empreinte du défunt, comment célébrer le deuil ? « Il est possible de faire un rite funéraire en l’absence de corps », souligne Catherine Le Grand Sébille. Qui poursuit : « Les gens n’imaginent pas être autorisés à cela, mais il est possible de réaliser des cérémonies de souvenir ». Si ces pratiques sont encore disparates au plan institutionnel, elles restent possibles à l’initiative des familles. Ce que souhaite cette étude, prérequis d’un futur rapport, c’est ouvrir une réflexion sur le deuil de ces familles, jusqu’à maintenant confiné au silence. Souhaitant donner l’exemple à d’autres institutions, la Fondation Services Funéraires de Paris a élaboré un document d’information destiné aux familles, et mis en place deux cérémonies annuelles au crématorium de Paris. Celles-ci, adressées aux familles des donateurs, s’articulent autour de trois axes : permettre aux familles de vivre un rite de séparation symbolique, de rencontrer d’autres familles, et de faire le lien avec le cimetière parisien de Thiais, là où se dresse une stèle à la mémoire des donateurs. La première aura lieu en janvier 2015.
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