Le déconfinement n'est pas l'inverse du confinement, mais un « nouvel état de la pandémie du Covid-19, une période complexe, à risque », considère le Comité consultatif national d'éthique (CCNE). C'est donc pour accompagner cette nouvelle situation qu'il publie, comme il l'avait fait au début de la crise, un avis sur ses enjeux éthiques, en réponse à une saisine du Conseil scientifique Covid-19.
Sous-titrée « Solidarité, responsabilité et confiance », cette note insiste sur l'importance d'une appropriation par tous des questions soulevées par la crise du Covid-19, qui a agi comme un révélateur des forces et faiblesses de notre société. « Si l’urgence a d’abord justifié une réponse politique et médicale, la phase de reconstruction devra se réaliser avec toutes les parties prenantes, à commencer par la société civile elle-même », lit-on.
Renforcer l'éthique de la recherche
Parmi les neuf points de vigilance que le CCNE identifie, plusieurs abordent le regard des citoyens à l'égard de la santé, de la médecine, et de la science.
Le CCNE salue « l’extrême réactivité et l’exceptionnelle implication de la communauté scientifique internationale », pour produire des connaissances sur le nouveau coronavirus. Mais « il n’est pas certain que le public, et même certains professionnels de santé, ait pris conscience de cette accélération et de cet engagement uniques dans l’histoire de la recherche », regrette-t-il, notant que la communauté scientifique a pu même être la cible de reproches. Et objet de défiance.
Selon le CCNE, une telle situation s'explique par une faible compréhension de la démarche scientifique, de sa logique d'interrogation, de sa temporalité longue ; en résumé, d'un manque d'éducation scientifique. Pour y remédier, il préconise de redonner à la culture scientifique toute sa place dans l'enseignement, et, pour l'heure, de mettre à disposition du public une base d'informations compréhensibles.
Mais la crise de confiance dans les discours scientifiques ne s'explique pas seulement par des problèmes de communication (que la surmédiatisation a certes amplifiés). Le CCNE rappelle aussi l’exigence de respecter les principes d’une éthique de la recherche dans l’ensemble des essais en cours et à venir. Il regrette ainsi « la multiplication des essais cliniques mis en place actuellement en France et l’absence d’une coopération européenne, une dispersion qui signe une compétition excessive, parfois non déontologique, et risque de retarder la réponse attendue de ces essais et donc l’accès à de futurs traitements » . Il met aussi en garde contre une instrumentalisation des résultats scientifiques, notamment dans la course aux vaccins.
Repenser le système de soins
Autre impératif : le CCNE suggère de revoir l'organisation du système de santé afin de garantir l'égalité d'accès aux soins et l'équité de l'offre sur tout le territoire. En effet, l'épidémie de Covid-19 a contribué à creuser les inégalités, entre les patients Covid et les autres, entre les régions sinistrées et celles qui ont été peu touchées. Elle a en outre amplifié les fragilités de notre système de santé et les questionnements qui le traversait (que signifie soigner quand la médecine produit des situations de survie extrêmement douloureuses ? Quand les temps de dialogue ne sont pas valorisés ? Quand le sens se perd ? etc.).
Vers de nouveaux États généraux ?
Plus largement, l'épidémie impose de réfléchir à la conception de la santé, considère le CCNE. C'est en effet au nom de la vie au sens biologique, que le confinement a été décidé, au détriment d'une autre conception de la vie englobant les dimensions économiques, sociales et affectives. C'est encore au nom d'impératifs sanitaires que des mesures de restriction de nos libertés – comme la liberté d'aller et venir ou de recevoir des visites dans les EHPAD – ou des dérogations au secret médical (via le tracing) ont été prises. « Quelle conception doit-on se faire de la santé et du soin? La santé est-elle une priorité ? », interroge le CCNE.
Alors que les arbitrages entre la santé et les autres dimensions comme l'économie, l'éducation, ou la sécurité, demeurent implicites en France, il est temps, à la faveur de cette crise, de débattre collectivement des valeurs que l'on souhaite accorder à la vie et à la santé, souligne le CCNE.
Et d'appeler concrètement à de nouveaux États généraux (comme ceux qui se sont tenus pour la bioéthique), qui permettent l'émergence d'un dialogue entre science et société.
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