Comment développer le don d’ovocytes en France ? Depuis plusieurs années, cette question est devenue une préoccupation centrale pour l’Agence de la biomédecine et tous les centres engagés dans l’assistance médicale à la procréation. « Le niveau de dons actuels ne permet pas, en effet, de répondre à la demande de couples en attente », souligne le Dr Audrey Gnisci, gynécologue dans le centre d’assistance médicale à la procréation (AMP) du CHU de la Conception à Marseille. « Le don d’ovocytes reste une procédure relativement lourde au plan médical et il faut vraiment une très grande motivation de la part des donneuses pour s’engager dans cette démarche totalement altruiste. Dans la littérature, on constate que 75 % sont des donneuses relationnelles, c’est-à-dire qu’elles connaissent dans leur entourage une femme ayant besoin d’un don d’ovocytes. Les donneuses spontanées ne sont environ que 15 % », ajoute le Dr Gnisci.
Dans la foulée, celle-ci rappelle qu’en France, ce don d’ovocytes, encadré par les lois de bioéthique, reste anonyme et gratuit. « Une donneuse relationnelle ne va donc pas pouvoir donner directement ses ovocytes pour la femme de son entourage qu’elle souhaiterait aider. Ce don va permettre d’alimenter une base nationale, les donneuses et receveuses ne peuvent connaître leurs identités respectives », souligne le Dr Gnisci.
En 2011, le prélèvement de 402 donneuses a permis de réaliser 815 tentatives de fécondations in vitro et 303 transferts d’embryons congelés pour des couples receveurs en France. « Au total, 208 enfants ont été conçus en 2011 grâce à un don d’ovocytes. L’augmentation progressive de l’activité constatée depuis plusieurs années reste insuffisante et ne permet pas de répondre à la demande. Inscrits sur les listes d’attente des centres français, 1 806 couples étaient en attente à la fin de l’année 2011 », souligne l’Agence de la biomédecine dans son rapport annuel 2012.
Comme tous les centres d’assistance médicale à la procréation en France, celui de la Conception a des objectifs relativement précis à atteindre en contrepartie des financements qui lui sont alloués. « Notre enveloppe budgétaire prévoit que nous fassions une vingtaine de ponctions au cours de l’année. Depuis que nous avons démarré notre activité il y a deux ans, nous avons recruté une cinquantaine de donneuses, mais toutes n’ont pas encore été stimulées. La procédure, en effet, est assez longue et il peut s’écouler minimun deux mois entre la première consultation et la stimulation », indique le Dr Gnisci.
Au départ, la donneuse est reçue par un médecin gynécologue pour un premier examen général et une explication des enjeux et de tout le déroulement de la procédure. « Elle va avoir des entretiens avec des psychologues et suivra un parcours clinicobiologique complet : prises de sang régulières, échographies, mais aussi un traitement à suivre pour la stimulation et au final, la ponction des follicules qui se fait par voie endovaginale sous anesthésie locale ou générale. Le don d’ovocyte n’est donc pas aussi simple qu’un don de sperme et la motivation des donneuses est un élément essentiel », insiste le Dr Gnisci.
Pour développer le don d’ovocytes, l’Agence de la biomédecine mène depuis quelques années diverses actions d’information auprès du grand public et des professionnels de santé. Elle a notamment lancé un site internet (www.dondovocytes.fr) entièrement dédié à ce sujet, qui délivre des informations pratiques et de proximité sur les modalités et la finalité de ce type de don. « Il faut mener ces actions sans relâche au niveau national mais aussi local. Par exemple, à chaque fois que nous en avons la possibilité, nous essayons de faire passer notre message dans le journal "La Provence" ou sur des radios locales. À chaque fois, on constate une augmentation des recrutements de donneuses », explique le Dr Gnisci, en soulignant aussi la nécessité d’informer les médecins, généralistes mais aussi gynécologues. « Régulièrement, nous faisons des enseignements postuniversitaires le soir, durant lesquels nous délivrons des informations sur le don d’ovocytes. C’est nécessaire car on se rend compte que certains médecins sont encore persuadés que ce type de dons n’existe qu’à l’étranger. C’est ce que nous rapportent plusieurs donneuses qui sont arrivées jusqu’à chez nous après avoir été obligées de chercher l’information elles-mêmes ».
Rappelons que le don d’ovocytes est ouvert aux femmes majeures et âgées de moins de 37 ans. « Aujourd’hui, il faut que la femme ait au moins déjà eu un enfant. Mais la loi de bioéthique du 7 juillet 2011 a ouvert la possibilité de faire un don sans avoir soi-même procréé auparavant. Le décret instaurant ce changement devrait être prochainement publié », souligne le Dr Gnisci.
D’après un entretien avec le Dr Audrey Gnisci, gynécologue dans le centre d’assistance médicale à la procréation du CHU de la Conception à Marseille.
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