Dans un avis publié aujourd’hui, le Comité consultatif national d’éthique pour les sciences de la vie (CCNE), estime qu’il est prématuré d’ouvrir le don aux hommes ayant des relations avec d’autres hommes. Le CCNE devait, à la demande de la ministre des Affaires sociales et de la Santé Marisol Touraine, se prononcer sur la pertinence, d’un point de vue éthique, du maintien de la contre-indication permanente du don du sang des hommes.
Depuis 2001, les tests immunologiques sont complétés par un test moléculaire qui réduit à 12 jours la période après la transmission pendant laquelle l’infection demeure indétectable. Le risque résiduel de transmission de l’infection par le VIH est lié à cette « fenêtre silencieuse ». La dernière infection par le VIH par transfusion sanguine a été constatée il y a 13 ans en France. Cette meilleure sécurité de la filière sang avait conduit plusieurs personnalités et organisations à se positionner en faveur d’une ouverture du don aux homosexuels, et notamment la Cour européenne de justice, l’ancien défenseur des droits Dominique Baudis et le député Olivier Veran, par ailleurs rapporteur de la Loi de santé.
Le problème de la confiance
S’il n’exclut pas une évolution vers une contre-indication temporaire le CCNE estime toutefois que les conditions ne sont pas encore réunies pour qu’une telle transition soit éthiquement acceptable. « De grosses incertitudes demeurent sur la confiance que l’on peut accorder aux déclarations du donneur, affirme ainsi le Dr Jean-Claude Ameisen, président du CCNE, si nous avions la certitude qu’un donneur s’exprime librement sur ses comportements à risque, alors une contre-indication temporaire serait envisageable, mais pour l’instant, nous n’en savons rien. » Le CCNE juge que cette incertitude est d’autant plus problématique la prévalence reste élevé chez les homosexuels masculins : 3 % chez les hommes ayant eu, au cours des 12 derniers mois, des relations sexuelles avec des hommes, contre 0,3 % chez ceux qui n’ont eu que des relations hétérosexuelles au cours de leur vie et 0,03 % dans le sous-groupe de la population hétérosexuelle nés en France.
10 contaminations dépistées chaque année chez des donneurs
Environ 1,7 million de Français donnent leur sang chaque année en France. En 2010, les tests ont révélé la séropositivité de 18 personnes sur les 368 000 nouveaux donneurs, soit une prévalence de 0,005 %. Selon plusieurs modélisations citées dans l’avis du CCNE, le remplacement de la contre-indication permanente par une contre-indication temporaire conduirait à un risque résiduel de transmission qui varierait entre une absence de modification par rapport à la situation actuelle à une multiplication par 3,5, soit 1 don contaminant sur 7 000 000 dons.
Pour que la contre-indication permanente ne soit possible qu’en « prenant le temps du dialogue et de la réflexion avec le donneur pour aborder ses comportements à risque », estime Alain Cordier, membre du CCNE. « L’idéal serait que la communication en amont soit suffisamment bonne pour que les personnes qui se savent à risque ne se présentent même pas au don », complète le Dr Ameisen.
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