« En France, vous ne prendrez pas de dessous-de-table! »

Publié le 21/11/2013
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Crédit photo : DR

UNE TRENTAINE de praticiens regardent défiler le "power point" traduit en grec. Urologues, anesthésistes, grisonnants ou fraîchement diplômés : le panel est varié. Sylvie Charletl, la directrice des affaires médicales de Vitalia, avait annoncé la soirée en collant des affiches dans les hôpitaux de la capitale. Elle se donne trois heures pour leur vendre la France et Vitalia.

« Notre groupe a besoin de vous, attaque-t-elle sans détour. Recruter est un problème au Nord de la Loire, les médecins sont très mal répartis. Exercer dans une petite ville à ses avantages. Le loyer ne vous coûtera pas cher, et il y a du travail. Nous vous prendrons en charge complètement pour que votre installation soit réussie ». Un chirurgien grec basé depuis peu à Montluçon assure la traduction.

S’ensuit la description détaillée de l’exercice médical à la française. La différence entre un hôpital et une clinique privée, le rôle des mutuelles. Les charges, l’obligation d’assurance, l’inscription au conseil de l’Ordre... La chasseuse de têtes insiste sur la qualité des plateaux techniques dans le privé, les revenus. « À Châteauroux, un orthopédiste générait plus de 600 000 euros par an. Si vous travaillez beaucoup, vous gagnerez beaucoup », glisse-t-elle. Des yeux s’ouvrent grands : un médecin grec débute avec 1 200 euros par mois.

Autre pays, autres mœurs.

Pour ceux qui décrocheront le secteur II, une mise en garde s’impose : « Jamais de dépassement d’honoraires sur l’urgence, et toujours le tact et la mesure. Il n’y a pas de dessous-de-table en France. Un médecin ne peut pas demander de l’argent comme ça à un patient, ça n’est pas envisageable! ». Hochements de tête entendus. Au royaume d’Hippocrate, l’argent au noir est roi.

À ceux qui ne maîtrisent pas le français, Vitalia offre des cours intensifs à Paris. Le tapis rouge n’est pas déroulé pour tout le monde. « Placer le bon médecin au bon endroit est capital, confie Sylvie Charlet. Je ne choisis pas n’importe qui ».

À l’issue de la présentation, ces trois chirurgiens quinquagénaires rêvent de la France et se projettent déjà. Sylvie Charlet, elle, sait qu’elle ne les recrutera pas. Trop âgés, et surtout pas assez diversifiés dans leur activité opératoire. La chasseuse de têtes leur préfère Nasos, la trentaine souriante, dynamique. Un urologue, la spécialité que recherche surtout Vitalia. Dans son hôpital, Nasos travaille comme quatre, tandis que la moitié du staff médical regarde la télévision. Tant que la réforme n’aura pas assaini le système, des jeunes motivés comme Nasos fuiront la Grèce. Sylvie Charlet songe à lui proposer au départ un statut de collaborateur associé. « Ma crainte, observe l’urologue, c’est d’être livré à moi-même dans un environnement inconnu. Avec ce que j’ai entendu ce soir, je suis rassuré. J’aurai mon examen en décembre et je serai prêt à partir ensuite ». Direction, fort probablement, la France.

 D.CH

Source : Le Quotidien du Médecin: 9282