CERTAINS hôpitaux n’ont pas attendu une mobilisation nationale pour tenter de désengorger leurs urgences. Le centre hospitalier de Dreux, par exemple, a beaucoup investi : création d’une unité d’hospitalisation de très courte durée, mise en place de médiatrices de sortie (pour que les patients « ventouses » ne stationnent pas trop longtemps aux urgences) et d’une gestionnaire de lits, renforcement de l’équipe médicale au moment du pic d’affluence (entre 16H et 23H), création d’une consultation non programmée de médecine générale...
D’importants efforts aux résultats encourageants, sans être spectaculaires : le temps d’attente sur un brancard est maîtrisé, mais la durée de passage aux urgences, elle, s’est allongée d’une heure en dix ans. Cette politique locale a « un coût, que ne finance pas la tarification à l’activité », note à regret Patrice Lorson, le directeur de l’établissement.
D’autres exemples ont été mis en avant lors de la réunion au ministère de la Santé, lundi dernier. Ainsi la région PACA a-t-elle déployé une organisation régionale pour fluidifier l’aval des urgences. En Champagne-Ardenne, une équipe d’urgentistes se relaie dans un rayon de 30 km afin d’assurer une permanence y compris dans les hôpitaux peu attractifs. À Vichy, chaque matin, entre 8H30 et 8H50, un staff passe en revue les patients en attente aux urgences et les lits disponibles. Le nombre moyen de brancards occupés le matin est passé de 18 à 15. « C’est mieux, mais pas suffisant », résume le Dr Didier Storme, chef des urgences.
Sursaut collectif.
Ces expériences de terrain ont nourri la réflexion du Pr Pierre Carli ces derniers mois. Le président du CNUH (Conseil national de l’urgence hospitalière) est parvenu à la conclusion qu’aucune mesure miracle ne désengorgera les urgences. « Le médiatique "bed manager" a ses limites », prévient-il. La solution, si elle existe, viendra d’un sursaut collectif sur le terrain. Le Pr Carli a remis une liste de recommandations à la ministre de la Santé. Y figurent l’amélioration de l’accès au plateau technique et la mise sur pied d’une politique de gestion des lits, parmi d’autres idées.
Comment impliquer l’ensemble des praticiens hospitaliers dans cette dynamique, et pas les seuls urgentistes, qui ont déjà prévenu qu’ils cesseront de chercher des lits à partir du 15 octobre ? Question clé. Le Pr Jean-Emmanuel de la Coussaye est chef des urgences et président de la CME au CHU de Nîmes. Cela fait dix ans que son discours rencontre peu de succès. Cette fois, il veut y croire. « On a fait une campagne sur le cancer, c’est bien. Maintenant, il faut une campagne pour fluidifier le parcours à l’hôpital. L’augmentation de la morbimortalité quand les urgences sont surchargées implique une réaction morale de la communauté médicale », fait-il valoir.
En finir avec les tensions.
La ministre de la Santé, en recevant les propositions de Pierre Carli, a appelé les praticiens à se remettre en question. « Qu’on en finisse avec ce qui s’est progressivement instauré, c’est-à-dire les urgences contre le reste de l’hôpital », a-t-elle déclaré. « Les urgences, c’est l’affaire de tous », complète Philippe Domy. La Conférence des DG de CHU, que ce dernier préside, mise sur l’optimisation des durées de séjour dans les secteurs MCO et SSR pour améliorer les circuits hospitaliers.
Des programmes d’accompagnement sont prévus afin d’optimiser la gestion des lits, avec le soutien de l’ANAP et des ARS. Au chapitre financier, il faudra être ingénieux avec les moyens du bord. Le directeur de l’hôpital de Dreux rappelait que les créations de lits et de postes ne sont pas rémunérées par la T2A. Marisol Touraine n’a pas débloqué un euro. Elle a prévenu en introduction de son discours qu’elle n’avait pas de grandes annonces à faire. À chaque hôpital, donc, de se retrousser les manches.
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