2 MILLIARDS DE COURONNES (85 millions d’euros) suffiront-ils à retenir en République tchèque des médecins lassés de leurs conditions de travail ? Rien n’est moins sûr. Le bras de fer entre le ministère de la Santé, dirigé par Leoš Heger, et Martin Engel, président du Syndicat des médecins tchèques, dure depuis des semaines, malgré la proposition du gouvernement, fin janvier. « Après une longue recherche de ressources et une réévaluation du rythme de la réforme de la santé, nous avons trouvé ces deux milliards de couronnes », avait déclaré Leos Heger, précisant que, pour ce faire, 10 000 lits fermeraient. Mais seuls les trois quarts de l’enveloppe seraient destinés aux médecins, le reste devant revenir aux infirmières. Une condition inacceptable pour le LOK.
Il faut dire que le syndicat est en position de force après avoir réussi à rassembler près de 4 000 professionnels, grâce à l’opération « Merci, on s’en va ». Martin Engel a en effet appelé les médecins des hôpitaux publics à présenter leur lettre de démission le 31 décembre 2010. À la date prévue, ils étaient plus de 3 850 sur 12 000 à annoncer leur départ pour le 1er mars! Une initiative fortement soutenue par le conseil de l’Ordre des médecins tchèques dont le président, Milan Kubek, juge la demande tout à fait légitime. « Le conseil de l’Ordre, qui surveille depuis des années la qualité des soins médicaux, n’est plus capable d’offrir cette garantie aux citoyens, en raison de la désertion du personnel médical de la République tchèque. Les changements nécessaires ne sont jamais venus, en dépit de débats récurrents et des appels aux hommes politiques, qui sont responsables de cette situation ».
Bas salaires et heures supplémentaires
« J’ai décidé de quitter l’hôpital car je gagnais à peine plus de 700 euros et que je n’y voyais aucun avenir », témoigne Roman Zahora, rhumatologue, désormais en clinique privée. La première raison de la colère des médecins est en effet leur rémunération. Le salaire moyen en début de carrière est de 950 euros. Moins que dans toute autre profession, ou presque. Dans le service de médecine interne de Jaroslav Zak, à l’hôpital public de Carlsbad, vers la frontière allemande, les internes gagnent 750 euros par mois, les assistants entre 830 et 1 000 euros, et les spécialistes entre 1 120 et 1 200 euros. Face à cette situation, Martin Engel exige que la rémunération horaire soit doublée et atteigne ainsi 8 euros brut de l’heure.
D’autant que les médecins tchèques ne comptent plus leur temps de travail, second motif de protestation. À l’hôpital de Carlsbad, le nombre d’heures supplémentaires frôle la centaine par mois. Une situation fort répandue et difficilement modifiable selon Vaclav Pospisil, chef de service en médecine interne : « sans tomber dans l’illégalité complète, les directeurs des hôpitaux parviennent à contourner les directives européennes sur le temps de travail en s’engouffrant dans les brèches des textes ou en profitant des lacunes », explique-t-il. « Certains vont jusqu’à trouver des accords commerciaux avec les médecins », dénonce-t-il, évoquant directement la corruption. Une situation qu’a vécu le Dr Maria Kortusova : « J’ai quitté l’hôpital public en 2001 après avoir essayé de convaincre mon directeur de changer le système. En vain, il en faisait partie et ne voulait rien savoir. Ce n’est pas seulement une question d’argent, mais aussi de frustration et de respect de certains principes ».
Conséquence : de plus en plus de médecins expérimentés se tournent vers l’étranger ou le privé, laissant derrière eux un service public exsangue et un enseignement médiocre. « Nous devrions avoir 6 à 8 spécialistes supplémentaires dans notre service pour répondre aux critères européens », déplore Jaroslav Zak. « Moi-même, je suis inscrit au conseil de l’Ordre de Grande-Bretagne depuis 2004, et j’attends, comme de nombreux collègues, la réponse du gouvernement à la campagne du syndicat pour décider de mon éventuel départ ».
Mais l’heure ne semble pas à l’optimisme dans le rang des hospitaliers. « Il y a 20 ans, les syndicats dénonçaient déjà ces mêmes problèmes », se souvient Vaclav Pospisil. « Le ministre de la Santé n’est qu’une marionnette aux mains de la majorité et il n’a aucun pouvoir », confirme Maria Kortusova.
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