Depuis 2020, cabines et bornes de téléconsultation fleurissent dans les territoires ruraux, avec pour promesse de lutter contre les déserts médicaux. Dans les pharmacies, les cabinets infirmiers ou au sein de locaux communaux, de nombreuses municipalités misent désormais sur les consultations à distance.
La télémédecine est même jugée « incontournable » dans certains cas par l’Association des maires ruraux de France (AMRF) qui constate que « la détérioration de l’offre de soins, due aux choix politiques des 30 dernières années, laisse sur nos territoires le champ libre à de multiples initiatives, propositions, développement d’outils plus ou moins opportunistes afin de pallier le manque de médecins généralistes comme spécialistes ».
Libérer du temps médical
L'association représentative des communes de moins de 3 500 habitants concède que la télémédecine « libère du temps médical, permettant aux médecins, en dramatique sous-effectif, de faire plus de consultations et "d’aller vers" les territoires en crise », tout en craignant que ces outils soient un argument donné aux praticiens pour ne pas s’installer à la campagne.
Les maires ruraux proposent donc de « borner » la téléconsultation géographiquement et de faire porter chaque projet par des médecins locaux. En d’autres termes, la télémédecine oui, mais si le recours à des praticiens hors du territoire est limité aux situations « de carence de temps médical ». Autre garde-fou : lors de la téléconsultation, « il est urgent de définir une zone acceptable qui privilégiera le médecin le plus proche et garantira la qualité et l’efficacité de la prise en charge ». Ils demandent aussi que le patient soit assisté d'un professionnel de santé, comme c'est le cas lorsque le dispositif est installé en officine.
Délégations utiles
Les maires ruraux jugent que la télémédecine ne réglera pas durablement le problème des zones sous-dotées. « Pour les dix prochaines années, le numérique sera une bouée de sauvetage pour les territoires les plus déshérités en accès aux soins ». Alors que la téléconsultation a explosé avec la pandémie (20 millions d'actes en 2020), l’association des maires ruraux ne peut se résoudre « à ce que l’accès aux soins en milieu rural, dans dix ans, ne se fasse que par le numérique ».
Les petites communes invitent également à réfléchir à de « nouvelles manières d’organiser le temps médical », comme les délégations de tâches, alors que le PLFSS 2022 a entériné plusieurs mesures d'accès direct aux paramédicaux. L’association plaide pour que les infirmiers en pratique avancée (IPA), auxiliaires médicaux ou pharmaciens puissent « exercer des missions et des compétences plus poussées, jusque-là dévolues aux seuls médecins ». L’AMRF propose même de « réorienter la surveillance des pathologies simples vers des auxiliaires médicaux ayant suivi des formations complémentaires », citant le cas des « pathologies ophtalmiques vers les orthoptistes ».
En février déjà, les maires ruraux avaient lancé un cri d’alarme sur l’accès aux soins en zone rurale. Les données collectées montraient qu’à densité de population égale, le nombre de généralistes était « systématiquement inférieur à la campagne par rapport aux territoires hyperurbains ». De même, sept départements avaient des écarts de densité de plus de 60 % pour les spécialistes par rapport à la moyenne. Fin 2020, ces élus avaient publié une étude révélant que l’espérance de vie à la campagne se dégradait.
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