« Refuser la vaccination d’un enfant est une attitude irresponsable », a déclaré le ministre espagnol de la Santé, Alfonso Alonso, au lendemain de l’apparition, le 2 juin, du premier cas de diphtérie dans le pays depuis presque 30 ans.
L’enfant malade, âgé de 6 ans, est actuellement traité à l’unité de soins intensifs de l’hôpital Vall d’Hebron de Barcelone et son état reste « stable mais grave ». Il est traité au moyen d’un serum (sérothérapie spécifique) envoyé en urgence par les autorités russes, les demandes adressées à l’OMS, aux États-Unis et à l’UE étant restées sans effets. « L’Union européenne devrait disposer de réserves » pour ces cas d’urgence, a estimé Alfonso Alonso.
Les mesures de précaution et de suivi de l’entourage de l’enfant ont été prises par les autorités catalanes, puisque la politique de Santé est une compétence des différentes régions en Espagne, et 9 personnes toutes vaccinées (dont 8 enfants) ont jusqu’à présent été identifiées comme porteuses de la bactérie sans avoir développé la maladie et reçoivent un traitement de benzathine benzylpéniciline.
Un diagnostic tardif
Pour la Société catalane de pédiatrie (SCP), « la principale difficulté pour les professionnels réside dans le diagnostic ». En effet comme la très grande majorité des médecins exerçant aujourd’hui en Espagne n’a pas connu de cas de diphtérie, les confusions diagnostiques sont faciles, notamment avec d’autres formes d’angine. De fait la maladie, dans le cas de l’enfant en Catalogne n’a été identifiée que 5 jours après l’apparition des premiers symptômes et par hasard, pour ainsi dire : un pédiatre d’origine allemande, le Dr Stephan Schneider qui exerce à l’hôpital d’Olot (ville de 33 000 habitants, à une centaine de kilomètres au nord de Barcelone et lieu de résidence de l’enfant), dont le grand-père et d’autres membres de sa famille directe avaient été victimes de la maladie, gardait cette possibilité à l’esprit. Consulté par un de ses collègues des urgences qui s’occupaient de l’enfant, c’est lui qui a lancé l’alerte.
Débat sur l’obligation vaccinale
La vaccination contre la diphtérie fait partie de des « recommandés » en Espagne et pris en charge par la Sécurité sociale, mais l’âge où ils sont administrés aux enfants peut varier d’une communauté autonome à l’autre. Les taux de couverture varient en fonction des régions et de l’âge.
Face à ce cas de diphtérie, de nombreuses voix se sont élevées pour réclamer que la vaccination devienne obligatoire. Mais les professionnels, relayés par les gouvernements régionaux et par le ministre de la Santé à Madrid, restent prudents. Pour Antoni Trilla, chef du Service de médecine préventive et épidémiologique de l’hôpital Clinico de Barcelone, « une telle mesure pourrait être contreproductive ». Ce qu’il faut faire, selon lui, c’est convaincre ; et pour cela, les professionnels de la Santé ont besoin d’expliquer qu’il « y a beaucoup moins de risques à s’exposer aux possibles effets secondaires d’un vaccin qu’aux conséquences d’une maladie aussi terrible que la diphtérie ». De même, Jon Darpon, responsable de la Santé au sein du gouvernement basque, s’est prononcé le 10 juin pour maintenir le système actuel de recommandation, en s’appuyant sur un taux de vaccination des jeunes enfants de 96 % dans cette région.
Antivaccins
En revanche, les critiques pleuvent sur les principales organisations qui jettent un doute sur l’efficacité des vaccins, principalement sur la Ligue pour la liberté de vaccination, créée il y a 27 ans et dont le siège est justement à Barcelone. Son président, le Dr Xavier Uriarte, notamment accusé de la baisse de 3 points du taux d’immunisation depuis 2011, se défend en invoquant « l’indispensable liberté » des parents. Ceux du petit barcelonais avaient choisi de ne pas le vacciner même s’ils affirment aujourd’hui se sentir « trompés » n’ayant pas été informés des risques.
La présidente de l’Association espagnole de pédiatrie (AEPAP), Begoña Dominguez, a cependant souligné : « Les problèmes de couverture vaccinale en Espagne répondent plus à des motifs d’exclusion sociale qu’à des raisons idéologiques. Nous ne pouvons pas affirmer qu’ici les lobbies anti-vaccins soient importants. »
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