Comment l'épidémie de Covid-19 s'est-elle répandue en Chine ? Deux études, publiées dans « Science », apportent un éclairage sur la propagation du virus et sur l’impact des mesures de restriction des déplacements promulguées en Chine à partir du 23 janvier. Ces travaux ont été menés à partir des données chinoises et sur la base de modèles statistiques et algorithmiques.
La première étude (1) s’est penchée sur le rôle des cas non documentés dans la propagation de l’infection. En s’appuyant notamment sur les observations d’infection en Chine et sur un modèle mathématique qui simule la dynamique spatio-temporelle des infections dans 375 villes chinoises, les auteurs ont cherché à estimer la prévalence et la contagiosité des nouvelles infections non documentées afin d’évaluer le potentiel pandémique du Covid-19.
Les auteurs estiment ainsi que 86 % de toutes les infections au Covid-19 étaient non documentées avant les restrictions de voyage imposées le 23 janvier. « Cette constatation est corroborée de manière indépendante par le taux d'infection parmi les ressortissants étrangers évacués de Wuhan », soulignent les auteurs.
À l'origine de 79 % des cas documentés
Si ces cas présentaient souvent des symptômes légers ou inexistants, ils n’en restaient pas moins contagieux. Selon les estimations, ces cas étaient deux fois moins contagieux, mais, « en raison de leur grand nombre, les infections non documentées étaient la source d'infection pour 79 % des cas documentés », indiquent les auteurs.
Ainsi, « sans transmission à partir de cas non documentés, les infections signalées du 10 au 23 janvier sont réduites de 78,8 % dans toute la Chine et de 66,1 % à Wuhan », notent-ils, concluant à la nécessité d’identifier et d’isoler les cas actuellement non documentés. Leurs observations vont dans le sens de l’appel lancé par le parton de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, en faveur d’un dépistage plus systématique.
Les restrictions de voyage n'ont fait que retarder la progression
La seconde étude (2) propose une modélisation de la propagation du Covid-19 en Chine et à l’international et une mesure de l’impact des limitations de voyage, à partir du Global Epidemic and Mobility Model (GLEAM). Selon leur modèle, au moment de l’interdiction de voyager depuis la ville de Wuhan, d’où est partie l’épidémie, la plupart des villes chinoises avaient déjà reçu de nombreux voyageurs infectés par le Covid-19. Ainsi, « la quarantaine de voyage de Wuhan n'a retardé la progression globale de l'épidémie que de trois à cinq jours en Chine continentale », constatent les auteurs.
À l’international, les restrictions de voyage ont d’abord permis de réduire l’importation de cas dans d’autres pays, de près de 80 % jusqu'à la mi-février. Mais, le nombre de cas observés en dehors de Chine a repris sa croissance après deux à trois semaines, à partir des cas importés. Les auteurs estiment ainsi que « les limitations de voyage supplémentaires jusqu'à 90 % du trafic ont un effet modeste à moins d'être associées à des interventions de santé publique et à des changements de comportement qui permettent une réduction considérable de la transmissibilité de la maladie ».
(1) Ruiyun Li, et al. Science. 16 mars 2020. 10.1126/science.abb3221
(2) M. Chinazziet al., Science. 6 mars 2020. 10.1126/science.aba9757
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