Contre : « une recherche caduque », selon le Pr Alain Privat.
Le Pr Alain Privat, neurobiologiste et ancien directeur à l’INSERM, estime que l’utilisation d’embryons humains dans la recherche appartient au passé. En embryologie, « 95 % des travaux ont été menés ces 30 dernières années sur des modèles animaux ». Si besoin est, les chercheurs peuvent depuis 2004 avoir recours au système de dérogations.
En terme de thérapie cellulaire, la découverte en 2006 des cellules pluripotentes induites (iPS) par le biologiste Shinya Yamanaka (prix Nobel de médecine en 2012) rend caduque les recherches sur les cellules souches embryonnaires (hES), affirme le Pr Privat. Les iPS possèdent la même capacité à se multiplier et à se différencier. Prélevées chez le patient avant d’être reprogrammées, elles ont l’avantage d’ouvrir la voie à la médecine personnalisée, comme le montre un premier essai clinique au Japon sur la DMLA, ou des travaux sur l’Alzheimer aux États-Unis. « Les préventions légitimes il y a 3 ans tombent, les iPS sont de plus en plus contrôlées ».
L’ouverture à un régime d’autorisation fait craindre au Pr Privat des dérives vers le clonage thérapeutique et reproductif. Pour compenser la diminution des embryons surnuméraires, induite par la vitrification, une filière de production d’embryons humains pourrait s’instituer, permettant ainsi de « screener » des médicaments, met-il en garde. Derrière le parti des partisans à cette recherche, le Pr Privat voit notamment un lobbying de l’industrie pharmaceutique.
Pour : « Besoin de règles compréhensibles », selon le Pr Marc Peschanski
Le directeur scientifique d’I-Stem milite en faveur d’un régime d’autorisation de la recherche sur les hES au nom de l’aventure scientifique. « C’est le principe de la recherche de s’aventurer vers des terrains inconnus pour enrichir la connaissance, sans application directe ». Or le régime d’interdiction avec dérogations n’est pas lisible et souvent compris comme une interdiction pure et simple. « Après la phase de recherche dans nos laboratoires, nous souhaiterions mener des essais cliniques chez des patients. Or les non-spécialistes des cellules souches, par exemple les hôpitaux à qui l’on demande un minimum d’investissement pour transplanter les cellules, sont réticents. À l’étranger, des collègues spécialistes me demandent même si je vais aller en prison », explique le Pr Peschanski.
Depuis 2005, l’I-Stem demande 2 à 4 dérogations (ou renouvellements) par an pour travailler sur des hES. Le Pr Peschanski reste sceptique : « l’agence de biomédecine est soumise à des agressions juridiques de la part des opposants pour l’empêcher d’accorder des dérogations. Nous souhaiterions avoir la possibilité de travailler dans les conditions habituelles de la recherche, d’autant que pour certaines modélisations, comme la dystrophie musculaire facio-scapulo-humérale (FSH), nous ne pouvons pas utiliser les iPS ».
Le neurobiologiste ne rejette pas pour autant ces cellules adultes, qui représentent 50 % des activités de l’I-Stem. « Les iPS restent des OGM cellulaires sur lesquelles nous manquons de recul. Nous recherchons les différences avec les hES. Elles ne présentent pas la même épigenèse : c’est un grand désordre. À partir d’un même donneur, la reprogrammation aboutit à des cellules différentes », explique le Pr Peschanski.
La recherche restera extrêmement contrôlée, selon lui. Aucun risque de voir apparaître une production d’embryons humains destinés à la recherche : « Dans mon laboratoire, une dizaine de lignées proviennent de la fécondation in vitro - la première datant de 1998. Une quarantaine vient du diagnostic préimplantatoire. Par définition, ces cellules se multiplient ! ».
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