Comment expliquer les taux de mortalité liés au Covid-19 si différents entre la Chine et l’Italie, qui affichent respectivement des taux de 2,3 % et de 7,2 % ? Trois médecins de l’Institut supérieur de la santé (Instituto Superiore di Sanità) avancent plusieurs hypothèses dans le « JAMA ».
Une population plus âgée en Italie
Les auteurs mettent d’abord en avant les caractéristiques démographiques de l’Italie, où les personnes âgées de 65 ans et plus représentaient « approximativement » 23 % de la population en 2019. Ainsi, une comparaison avec les données chinoises selon l’âge des patients fait état de taux de mortalité similaire pour les personnes âgées de 69 ans ou moins.
De même, si les taux de mortalité sont particulièrement élevés en Italie chez les 70 ans et plus, et particulièrement chez les plus de 80 ans, c’est également le cas en Chine. Le rapport conjoint de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et de la Chine, détaillant les données de 2 114 décès parmi 55 924 cas confirmés, mentionne un taux de mortalité chez les 80 ans et plus similaire à celui enregistré en Italie (21,9 % en Chine contre 20,2 % en Italie).
La mortalité élevée de l’Italie s’expliquerait donc en partie par des cas proportionnellement plus nombreux chez les sujets âgés. « La répartition des cas est très différente dans les 2 pays : les individus âgés de 70 ans ou plus représentent 37,6 % des cas en Italie et seulement 11,9 % en Chine », observent les auteurs. Autre spécificité italienne, le pays compte de nombreux cas (687) parmi les plus de 90 ans avec un taux de mortalité à 22,7 %, alors qu’aucun cas n’a été recensé dans cette tranche d’âge en Chine.
L’absence de définition commune d’un décès par Covid-19
La seconde explication avancée relève de la définition des cas de décès attribués au Covid-19. En Italie, les statistiques sont établies en comptabilisant tous les décès survenus chez des patients positifs au Covid-19, « indépendamment des maladies préexistantes qui peuvent avoir causé la mort », soulignent les auteurs.
L’analyse d’un échantillon de 355 patients décédés en Italie fait ressortir les nombreuses comorbidités des patients concernés. Parmi ces patients âgés en moyenne de 79,5 ans (30 % de femmes), « 117 (30 %) avaient une cardiopathie ischémique, 126 (35,5 %) souffraient de diabète, 72 (20,3 %) avaient un cancer actif, 87 (24,5 %) avaient une fibrillation auriculaire, 24 (6,8 %) avaient une démence et 34 (9,6 %) avaient des antécédents d'AVC », détaillent les auteurs.
Seulement 3 patients (0,8 %) n’avaient aucune maladie. Les patients avaient en moyenne 2,7 maladies préexistantes et près de la moitié (48,5 %) cumulait trois maladies sous-jacentes. Face à ces résultats, l’absence de définition internationale d’un décès attribuable au Covid-19 pourrait expliquer les variations constatées.
Des politiques de dépistage très variables
Ces variations peuvent aussi dépendre de la politique de dépistage mise en place dans chaque pays. En modifiant, le 25 février, sa politique de tests pour se focaliser sur les patients avec des symptômes graves et nécessitant une hospitalisation, l’Italie a vu son taux de mortalité exploser : de 3,1 % le 24 février à 7,2 % le 17 mars. À l’inverse, en Corée du Sud où le dépistage a été réalisé de manière plus systématique, le taux de mortalité s’établit à 1 %.
Forts de ces observations, les auteurs en appellent, dans une perspective de recherche, à une plus grande transparence dans le traitement des données, notamment au regard des stratégies de dépistage et des profils des patients.
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