Conséquence directe du procès de Nuremberg qui a révélé au monde les horreurs de l’expérimentation médicale sous l’Allemagne nazie, la déclaration d’Helsinki reste une référence pour les médecins qui participent à la recherche biomédicale impliquant des sujets humains.
Initié par des médecins pour des médecins, ce texte de recommandations éthiques a su jusqu’à présent traverser les diverses évolutions sociétales et scientifiques depuis son adoption en juin 1964 lors de la 18e assemblée générale de l’Association médicale mondiale (AMM) organisée alors dans la capitale finlandaise. Entre 1975 et 2013, la déclaration a ainsi subi neuf séries d’amendements de portées inégales. À l’orée de son cinquantenaire, elle semble aujourd’hui arrivée à un tournant majeur pour répondre aux défis de la recherche contemporaine et à venir. Lors d’un colloque organisé la semaine dernière au Ministère des Affaires Sociales et de la Santé, Marie-France Mamzer, directrice adjointe du laboratoire d’éthique et de médecine légale à l’université Paris Descartes et présidente du Comité de Protection des Personnes d’Ile-de-France a pointé les limites actuelles de ce texte de référence.
Ajouts de rustines
« La déclaration d’Helsinki, à l’occasion de ses différentes révisions, en particulier en 2000, aintroduit dans son champ la question de la recherche sur les échantillons biologiques humains. Si en 2008, elle y a ajouté la question des recherches portant sur des données identifiantes, en réalité, ces ajouts semblent un peu comme des rustines », considère-t-elle. « Quand on lit le texte dans le détail, on s’aperçoit d’une conception de la recherche un peu datée qui ne semble pas correspondre à l’avenir de la recherche. La grande orpheline de cette réflexion, c’est la médecine personnalisée », indique Marie-France Mamzer. « Un nouveau paradigme médical se développe avec de véritables plateformes de ressources de recherche qui émergent un peu partout et ouvrent des possibilités énormes. Les outils du big data ont complètement démultiplié les perspectives de progression de la recherche », évoque-t-elle. « Malgré tout l’esprit de bienfaisance dans lequel ces recherches se développent et doivent se développer, avant qu’il y ait un scandale et un procès il serait intéressant pour la société qu’une réflexion en profondeur soit faite sur ces recherches non interventionnelles », conclut Marie-France Mamzer.
Place au dialogue
« Au-delà d’une médecine sur mesure appelée à tort médecine personnalisée, de plus en plus la pratique médicale s’appuie sur la recherche et les résultats d’un acte médical deviennent à leur tour des résultats de recherche », ont rappelé lors de ce colloque, le président du Comité consultatif national d’éthique, Jean-Claude Ameisen, qui met en évidence des dérives en matière de consentement libre et informé des sujets participants à projet de recherche, pourtant gravé en lettres d’or dans la déclaration d’Helsinki. « Le processus de partage des connaissances actuelles en vue d’obtenir des connaissances nouvelles devrait s’inscrire dans un dialogue. Aujourd’hui, le paradoxe, c’est qu’en voulant formaliser la preuve que ce processus de choix libre et informé a bien eu lieu, on l’a remplacé par un formulaire qui a surtout tendance à se substituer au dialogue », constate le président du CCNE. Autant d’enjeux à relever dans les futures révisions de la déclaration d’Helsinki, pour que celle-ci reste vraiment une référence dans 50 ans.
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