Révolutionner le secteur du grand âge grâce au numérique d'ici à 2030, est-ce possible ? C'est le pari d'un groupe d'experts du secteur qui livre dans une étude présentée mardi 3 septembre plusieurs pistes pour réussir ce défi et combler le « retard français » constaté en la matière.
Cette étude est la troisième publication du cercle de réflexion Matières grises, créé au printemps 2018 par Luc Broussy, spécialiste des questions liées au vieillissement et ancien élu socialiste, en collaboration avec le cabinet de conseil Capgemini Invent. La première consistait en un état des lieux des besoins de la population âgée (septembre 2018). La seconde proposait des solutions pour éviter l'hospitalisation (juillet 2019).
« Dans le rapport Libault, on parle assez peu de révolution digitale et de systèmes d'information » (SI), constate Luc Broussy pour justifier la publication de cette étude. Celui qui a été nommé par Agnès Buzyn président de la Filière nationale Silver Économie juge pourtant ces sujets « fondamentaux dans la définition des politiques publiques pour les dix ans qui arrivent ». Au début de l'été, Luc Broussy s'était déjà vu remettre un rapport sur les innovations numériques et technologiques en gérontologie. C'est dire si le sujet mobilise les décideurs, à quelques mois de la présentation du projet de loi sur la dépendance, qui devrait avoir lieu à la fin de l'année, a confirmé en juin le premier ministre Édouard Philippe.
Un EHPAD sur cinq sous-informatisé
Trois axes principaux structurent les pistes proposées par cette étude. La première a trait aux systèmes d'information des établissements sociaux et médico-sociaux. Selon les auteurs, leur niveau d'équipement et de pilotage numérique est trop hétérogène pour bénéficier au résident. Pire, « 15 à 20 % des EHPAD seraient très mal voire pas du tout informatisés concernant le dossier résident ».
En plus d'un investissement massif pour l'informatisation du secteur médico-social, Matières grises propose le déploiement d'une labellisation des solutions SI pour favoriser l'interopérabilité des logiciels et outils numériques.
Le deuxième axe retenu vise à mettre le numérique au service d'une meilleure coordination territoriale. L'étude pousse ainsi vers une évolution des financements « dans une approche moins segmentée et moins cloisonnée entre les soins de ville, l'hospitalier et le médico-social » et sur un mode plus « incitatif ». Sans proposer de solution clé en main, les auteurs s'interrogent : « comment faire en sorte qu'un médecin traitant ait un intérêt, une incitation, à remplir systématiquement, ou consulter, un DMP ? »
Enfin, Matières grises encourage le développement des outils numériques au service des personnes âgées mais détecte « une forme de scepticisme sur la réelle valeur ajoutée de ces services ». Pour l'atténuer, le lobby suggère de faire mieux connaître les outils aux usagers (à travers notamment des ateliers de découverte) mais aussi aux professionnels. L'harmonisation des pratiques et la formation initiale des professionnels apparaissent ainsi primordiales dans un secteur où le turn-over est très élevé.
Afin, « d'infuser le débat public », selon les mots de Luc Broussy, les conclusions de cette enquête ont été adressées aux décideurs du secteur (administrations centrales, CNSA, conseils départementaux, fédérations et parlementaires). Le fondateur de Matières grises est persuadé que pour faire bouger les lignes, « il faut faire de cette question technique une question politique et stratégique ».
Mise au point
Palpitations : orientation diagnostique
En 5 points
Obésité : suivi d’un patient sous aGLP-1
Cas clinique
La fasciite nécrosante
Mise au point
La périménopause