À LONDRES, la sage-femme privée est à la mode. Moyennant 2 000 à 5 000 livres, la parturiente peut s’offrir la présence d’une professionnelle indépendante en salle de travail. Pas dans une clinique huppée mais au sein même du NHS, temple de la gratuité des soins. C’est la garantie de ne pas passer de main en main, ou de ne pas être livrée à soi-même au moment clé de la délivrance. Et la preuve que le NHS, à force d’avoir taillé dans ses effectifs, manque à ses obligations.
La peur de la privatisation progressive du NHS est ancrée dans la population. Des groupes privés travaillent déjà pour le NHS, sous contrat. La réforme, en renforçant la concurrence, leur offre un boulevard.
« Virgin Care Global » est l’un des trois poids lourds du secteur. La filiale du groupe industriel britannique emploie 900 infirmières et 300 médecins. Elle gère 200 services pour le compte du NHS, traite 3 millions de patients par an. Et ne compte pas s’arrêter en si bon chemin : « Nous espérons signer de nouveaux contrats car nous sommes les meilleurs, claironne Russell Elliott, en charge des relations publiques. Virgin Care investit massivement dans le numérique, cela change la culture des soignants. Nous équipons les infirmières de tablettes, nous hospitalisons des personnes âgées virtuellement à la maison. Au NHS au contraire, tout est lourd : à Devon, un centre pédiatrique dispose de 27 systèmes d’information qui ne parlent pas entre eux ».
En off, ce haut responsable médical confie ses doutes. « Le privé risque de choisir les activités simples et rentables, comme la cataracte, la prothèse de hanche. Cela peut déstabiliser les hôpitaux du NHS. Et puis le privé ne forme pas les médecins juniors, c’est un problème ». Des reproches que Russell Elliott balaye aussitôt : « Les GPs ne devraient pas être inquiets. Ce sont des offreurs de soins privés depuis 1948, eux aussi sont indépendants. Nous ne pensons pas que nos GPs soient différents. Quant aux soins complexes, nous les prenons en charge lorsque le NHS nous y autorise. Nous avons une unité de soins palliatifs pour enfants par exemple ».
La concurrence a aussi des vertus que ne renie pas Chris Naylor, membre du King’s fund, sorte de think tank centré sur les questions de santé. « Elle pousse les professionnels à être innovants. Mais, et c’est un grand mais, la concurrence complique fortement le suivi des maladies chroniques. Les règles du marché risquent de fragmenter davantage le parcours de soins ».
Peter Walsh dirige une association de lutte contre les accidents médicaux. Il est beaucoup intervenu publiquement après le scandale hospitalier du Mid Staffs, pour réclamer plus de transparence. Malgré les défaillances du NHS, il préfère s’y rendre plutôt que d’aller dans le privé. « C’est au NHS qu’il y a le plus de sécurité en cas de complications », estime-t-il. Au gouvernement, il reproche d’avoir bâti une réforme idéologique, sans s’être préoccupé de la qualité des soins. « Le système devient trop compliqué et augmente le risque d’accidents médicaux. Il détourne les médecins de leur cœur de métier. Nous ne voulons pas qu’ils deviennent des bureaucrates. Nous voulons garder de bons médecins ».
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