LES MENACES que fait planer sur le système de santé le plan d’austérité du Portugal interviennent dans un contexte déjà dégradé. L’offre de soins, dans le pays, n’est pas suffisante. Au conseil national de l’Ordre des médecins portugais, le Dr Cabanas explique par exemple que les 41 000 confrères officiellement inscrits au tableau de son institution sont loin d’être actifs. En prenant en compte ceux qui partent travailler à l’étranger – notamment en Espagne –, le nombre de médecins en exercice au Portugal ne dépasserait pas 30 000, pour moitié des généralistes. Dans ces conditions, le choix du praticien par le patient ne fait plus partie des questions qui se posent. Les Portugais sont d’ailleurs tenus de consulter un médecin agréé qui leur est attribué au sein d’un centre de santé, en fonction de leur domicile. Ces centres étant vite débordés, les patients se dirigent spontanément vers les services d’urgence des hôpitaux. Les files d’attente prennent dans certains domaines des proportions effrayantes : au total, près de 300 000 Portugais seraient en attente d’interventions chirurgicales. Les 380 centres de santé et 2 000 centres de proximité, seul accès aux soins dans les régions rurales les plus démunies au nord du pays, ne semblent plus répondre aux besoins.
Les difficultés économiques du pays vont certainement alourdir ces difficultés. L’OCDE précise que 18 % des Portugais ne se font plus soigner ; la première raison invoquée serait le coût des traitements disproportionnés par rapport au niveau de revenu moyen au Portugal (le salaire minimum n’y dépasse pas 475 euros par mois). Le tarif des consultations dans les centres de santé semble en revanche hors de cause : à condition d’être très patient, le ticket modérateur d’une simple consultation médicale en centres de santé ne dépasse pas 2,20 euros et la consultation d’urgence à l’hôpital 9,40 euros. Toujours selon l’OCDE, les dépenses de santé annuelles par habitant sont de l’ordre de 1 137 euros dans le secteur public et 454 euros dans le secteur privé ; les durées d’hospitalisation (6,8 jours en moyenne) situent déjà le Portugal parmi les pays les plus économes au sein de l’Union européenne. Au chapitre des équipements lourds, le Portugal n’est pas en queue de peloton. Avec 9 IRM par million d’habitants, le pays est mieux équipé que la France.
Médecins retraités à la rescousse.
Depuis le début de l’année, près de 500 médecins de centres de santé et hôpitaux publics ont demandé à faire jouer leurs droits à la retraite anticipée, conduisant le gouvernement portugais à faciliter l’embauche de médecins retraités. L’un des centres de santé de Vila Nova de Milfontes, dans le sud-ouest du pays, a même accueilli massivement des médecins cubains. Leur salaire dépasserait à peine le SMIC, ce que le syndicat des médecins indépendants juge purement « illégal, inacceptable et humiliant ».
Alors que le revenu moyen d’un généraliste portugais est de 2 500 euros (1 700 euros pour les internes dans les hôpitaux), les médecins portugais se trouvent globalement déjà mal lotis. Ana Maria Teodoro Jorge, ministre portugais la Santé, a accepté de discuter de ces niveaux de rémunération à condition que les médecins passent de 35 à 40 heures hebdomadaires de travail dans les centres de santé.
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