DE NOTRE CORRESPONDANT
AVEC 28 MILLIARDS d’euros d’excédents, soit 8 milliards de plus que l’an dernier, l’assurance-maladie allemande continue d’afficher une santé insolente, même si les médecins, comme d’autres professionnels, ont été largement mis à contribution pour atteindre ce résultat. Certes, les praticiens ont obtenu, ces dernières années, plusieurs rallonges budgétaires. Mais dans le même temps, une partie de leurs honoraires a diminué pour compenser la hausse des volumes, si bien que plus ils effectuent d’actes, moins ceux-ci sont rémunérés.
Hostilité au « mammouth ».
Au cours de leur 116ème congrès annuel à Hanovre (1), les médecins ont choisi leur camp, à quatre mois des législatives. Ils ont fait les yeux doux à leur ministre de la santé, le libéral Daniel Bahr, lequel semble déjà en campagne : son parti est très populaire au sein du corps médical même si c’est loin d’être le cas dans le reste de la population. À l’inverse, les médecins n’ont pas manqué de dénoncer certains projets de réforme de l’opposition de gauche, jugés inquiétants.
Si elle gagne les élections, l’opposition « rouge/verte » promet en effet de remplacer l’actuel système d’assurance-maladie où cohabitent caisses publiques et privées par une caisse unique et obligatoire, jugée plus équitable et moins chère. Les médecins au contraire considèrent que la fin de la concurrence privé/public favoriserait l’avènement d’un « mammouth » ingérable et onéreux.
Il faut préciser que les 9 millions d’assurés « privés » sont plus rémunérateurs pour les médecins que les 70 millions d’assurés « publics », car les honoraires privés sont plus favorables aux praticiens. Les traitements sont les mêmes mais l’accueil est souvent de meilleure qualité, surtout chez les spécialistes et dans les grandes villes. Cette situation déplaît à la gauche qui parle de « médecine à deux vitesses », accusation rejetée par le corps médical.
Dérives.
Le ton plutôt apaisé de ce congrès n’a pas éclipsé la « guerre » qui oppose les médecins allemands à la Sécurité sociale sur le thème récurrent de la corruption. Bien qu’il existe des lois anti-cadeaux et antifraudes, les caisses continuent de prétendre que les praticiens sont souvent corrompus et qu’ils réclament volontiers des dessous-de-table à leurs patients, sans jamais parvenir à prouver l’ampleur réelle de ces dérives.
Les caisses ont en tout cas mis en place un site internet sur lequel les assurés peuvent... dénoncer anonymement les médecins qui se livrent à ces pratiques.
Très remonté, le président de l’Ordre, le Dr Frank Ulrich Montgomery, réclame la fermeture de ce site jugé « diffamatoire » qui n’a d’ailleurs débouché sur aucune procédure judiciaire, faute de preuve. En attendant, la profession vit dans un climat de suspicion : 66 % des Allemands pensent que des « mafias » pervertissent leur système de santé et font grimper les coûts, même si 82 % d’entre eux sont persuadés que leur propre médecin, lui, est honnête.
Lors du congrès, le Dr Montgomery a néanmoins appelé les médecins à limiter le recours aux prestations individuelles de santé, c’est-à-dire aux actes complémentaires à la charge des assurés. Il s’agit essentiellement d’actes de prévention et de dépistage, qui peuvent être proposés par les médecins mais ne sont pas remboursés. Beaucoup de patients estiment que les médecins leur « forcent la main » pour réaliser ces prestations. L’Ordre invite les médecins à davantage de modération.
(1) Le congrès des médecins allemands réunit chaque année les 250 délégués de l’Ordre et des organisations professionnelles pour débattre des grandes questions de politique professionnelle et adopter des positions communes.
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