AVANT LA GUERRE, c’était un centre de repos pour les tuberculeux perdu dans la forêt, sur les hauteurs d’Athènes. La banlieue le cerne à présent. L’hôpital Amalia Fleming a vieilli. Murs décrépis, bloc opératoire exigu, où goutte parfois la pluie au plafond... : l’avenir de cet établissement vétuste est incertain. La rumeur court de sa transformation en centre de soins primaires, à l’instar de dizaines d’hôpitaux dans le pays. Une croix a déjà été tirée sur certaines activités l’été dernier. Menée tambour battant, imposée d’en haut, la réforme suscite colère et incompréhension.
« On nous restructure non pour améliorer la santé des gens, mais pour satisfaire la task force », glisse un chirurgien désœuvré. Son bistouri n’a pas servi depuis le 1er septembre, et le départ forcé de 180 infirmiers. Privé d’IADE et d’IBODE, le Dr Antoine Dermon voit, impuissant, sa liste d’attente s’allonger de jour en jour. « Où vont être opérés les gens ?, s’interroge l’orthopédiste. Les autres hôpitaux sont à bout de force ».
Il est 15 heures, les blouses de ses confrères pendent au mur. Le chef de service fait seul les cent pas dans le couloir. Il surveille une unité sans patient, et mesure l’absurde de la situation. « Avant, on opérait 7 000 patients par an. Depuis deux mois, on vient le matin, on consulte, et on attend ».
Un étage plus haut, la chirurgie générale tourne encore. Mais pour combien de temps ? Le Dr Alexandros Dounavis n’en a pas la moindre idée, car le projet change tout le temps. Par la fenêtre, on aperçoit le stade olympique, et à portée d’aile, d’autres hôpitaux. L’un a déjà fermé. Peut-être en reste-t-il trop, admet le Dr Dounavis. « Le problème, c’est qu’il n’y a pas de plan. Ni local, ni national ».
Système D pour le matériel.
En attendant que l’avenir s’éclaire, Alexandros Dounavis ruse pour continuer d’exercer. Sous son bureau, il cache un trésor. Un carton rempli de trocarts, d’agrafes, de filets… Des échantillons récoltés au gré des congrès et des visites de fabricants. « L’argent ne manque pas pour le matériel, mais il faut cinq signatures pour acheter une sonde. Trop de bureaucratie », soupire-t-il. Un confrère d’origine indienne lui a montré comment suturer en laparoscopie sans recourir aux coûteuses sutures préfabriquées. « J’utilise mes mains et le résultat est équivalent. C’est possible d’opérer avec peu d’euros ».
PH à temps plein, le Dr Dounavis, 60 ans, a vu son salaire raboté de 40 % depuis le début de la crise. Une vieille fiche de paie traîne dans son tiroir : 4 600 euros en 2008, gardes comprises. Lointaine époque. Alexandros relativise. Il connaît des médecins au chômage qui font le taxi, des infirmières surexploitées pour moins de 1 000 euros. Malgré son âge avancé, le chirurgien se dit que si l’hôpital ferme, il devra peut-être partir exercer à l’étranger.
L’hôpital Amalia Fleming est en sursis. Silencieux, vide. La moitié du personnel a été renvoyée à la maison avec 75 % de salaire, dans l’attente d’une nouvelle affectation. Le ministre de la Santé s’est rendu sur les lieux fin août. Son discours n’a pas convaincu. Ce professionnel soupire : « Il est venu parler aux caméras, pas à nous ». Affiches et banderoles appellent à la mobilisation. La partie paraît mal engagée.
Mise au point
Palpitations : orientation diagnostique
En 5 points
Obésité : suivi d’un patient sous aGLP-1
Cas clinique
La fasciite nécrosante
Mise au point
La périménopause