Une réforme très controversée entre en application en Angleterre. Dorénavant, les médecins généralistes gèrent en direct 60 % du budget de la santé. Réunis en groupements, ils achètent des soins spécialisés et sélectionnent les hôpitaux les plus performants. Les soins restent gratuits, mais pour combien de temps ? Le National health service (NHS) doit économiser 20 milliards de livres d’ici à 2017. Son avenir donne lieu à un débat enflammé.
DE NOTRE ENVOYÉE SPÉCIALE
LA SALLE de congrès est pleine. Ils sont une cinquantaine, des médecins généralistes issus des quatre coins de l’Angleterre, à patienter en file indienne pour s’exprimer au micro. Pas un pour défendre la dernière réforme du NHS, le système public de santé. Les critiques pleuvent au contraire. « Le NHS ne va pas être privatisé. Il a été privatisé », déplore ce GP (« general practitioner »). « Nous faisons plus et plus pour toujours moins », gronde cet autre. Et ce troisième : « Maintenant, les patients viennent me voir et me disent : comment allez-vous docteur ? ». Rires dans l’assistance. Jaunes.
Pression écrasante.
Ce jour-là, à Londres, se tient la conférence annuelle des GPs managers, placée sous la houlette de la British Medical Association (organisation professionnelle de médecins, à la fois syndicat et association). Le Dr Laurence Buckman, président du comité de médecine générale à la BMA, est remonté. « Nous atteignons un point critique pour le NHS et la médecine générale. Chacun de nous, à l’exception des politiques, peut voir le mur approcher ».
Des motions sont adoptées à main levée, qui dénoncent, pêle-mêle, la pression écrasante sur les épaules des GPs, le risque de renforcement des inégalités de santé, les menaces qui pèsent sur la qualité des soins. L’humour britannique enrobe les piques. « Nous avons le regret d’informer le pays qu’en dépit des efforts héroïques fournis par les GPs, la médecine générale telle que vous l’avez connue entre au stade terminal d’une maladie causée par une overdose délibérée d’interventions gouvernementales déraisonnables et une chirurgie financière récente », déclare solennellement ce praticien de Liverpool.
Trésor national.
Toucher au NHS, c’est comme briser un joyau de la couronne. Ce pilier de l’identité nationale suscite l’envie et l’admiration de la planète entière, les Anglais en sont convaincus. Danny Boyle n’a-t-il pas rendu un hommage appuyé au NHS lors de la cérémonie d’ouverture des JO à Londres ? Depuis 1948 et la fondation du « National health service », les soins sont gratuits au Royaume-Uni, pour tous, et sans exclusion.
Officiellement, ces valeurs - consignées dans la « Constitution du NHS » - perdurent. Mais la branche anglaise du NHS amorce une mue d’une ampleur inédite, et l’avenir paraît incertain.
Pour comprendre les enjeux, il faut se rappeler les réformes passées. Thatcher, en 1991, sépare les fonctions d’acheteurs et d’offreurs de soins, et met les hôpitaux en concurrence. Elle oublie d’investir : la qualité des soins dégringole tandis qu’enflent les délais d’attente. Tony Blair, dans les années 2000, injecte des milliards dans le NHS. Les délais d’attente se tassent mais les assurances privées montent en puissance, signe d’un retour aux méthodes libérales. L’accès aux soins reste inégal, et par endroits, la qualité des soins défaille. Le récent scandale du Mid Staffs (du nom d’un hôpital où des centaines de morts auraient pu être évitées*) souligne l’urgence à agir.
Pédagogie.
En 2012 est donc votée une loi baptisée « Health and social care act ». Les bouleversements, énormes, interviennent dans un temps très court. Le gouvernement a sans doute manqué de pédagogie car nombreux sont les Anglais, médecins y compris, à n’avoir pas compris les changements. Affreusement technique et complexe, la réforme est entrée en application le 1er avril dernier. Ses opposants ne désarment pas, qui continuent de battre le pavé pour dénoncer la privatisation du NHS et le risque de nouveaux scandales sanitaires. Le « Quotidien » analyse les enjeux principaux.
* Dans notre édition du 24 juin, retrouvez le second volet de notre reportage sur les récents scandales hospitaliers qui ont troublé l’Angleterre, et la problématique, centrale Outre-Manche, de la qualité des soins et de l’évaluation des pratiques professionnelles.
Une réforme très controversée entre en application en Angleterre. Dorénavant, les médecins généralistes gèrent en direct 60 % du budget de la santé. Réunis en groupements, ils achètent des soins spécialisés et sélectionnent les hôpitaux les plus performants. Les soins restent gratuits, mais pour combien de temps ? Le National health service (NHS) doit économiser 20 milliards de livres d’ici à 2017. Son avenir donne lieu à un débat enflammé.
DE NOTRE ENVOYÉE SPÉCIALE
LA SALLE de congrès est pleine. Ils sont une cinquantaine, des médecins généralistes issus des quatre coins de l’Angleterre, à patienter en file indienne pour s’exprimer au micro. Pas un pour défendre la dernière réforme du NHS, le système public de santé. Les critiques pleuvent au contraire. « Le NHS ne va pas être privatisé. Il a été privatisé », déplore ce GP (« general practitioner »). « Nous faisons plus et plus pour toujours moins », gronde cet autre. Et ce troisième : « Maintenant, les patients viennent me voir et me disent : comment allez-vous docteur ? ». Rires dans l’assistance. Jaunes.
Pression écrasante.
Ce jour-là, à Londres, se tient la conférence annuelle des GPs managers, placée sous la houlette de la British Medical Association (organisation professionnelle de médecins, à la fois syndicat et association). Le Dr Laurence Buckman, président du comité de médecine générale à la BMA, est remonté. « Nous atteignons un point critique pour le NHS et la médecine générale. Chacun de nous, à l’exception des politiques, peut voir le mur approcher ».
Des motions sont adoptées à main levée, qui dénoncent, pêle-mêle, la pression écrasante sur les épaules des GPs, le risque de renforcement des inégalités de santé, les menaces qui pèsent sur la qualité des soins. L’humour britannique enrobe les piques. « Nous avons le regret d’informer le pays qu’en dépit des efforts héroïques fournis par les GPs, la médecine générale telle que vous l’avez connue entre au stade terminal d’une maladie causée par une overdose délibérée d’interventions gouvernementales déraisonnables et une chirurgie financière récente », déclare solennellement ce praticien de Liverpool.
Trésor national.
Toucher au NHS, c’est comme briser un joyau de la couronne. Ce pilier de l’identité nationale suscite l’envie et l’admiration de la planète entière, les Anglais en sont convaincus. Danny Boyle n’a-t-il pas rendu un hommage appuyé au NHS lors de la cérémonie d’ouverture des JO à Londres ? Depuis 1948 et la fondation du « National health service », les soins sont gratuits au Royaume-Uni, pour tous, et sans exclusion.
Officiellement, ces valeurs - consignées dans la « Constitution du NHS » - perdurent. Mais la branche anglaise du NHS amorce une mue d’une ampleur inédite, et l’avenir paraît incertain.
Pour comprendre les enjeux, il faut se rappeler les réformes passées. Thatcher, en 1991, sépare les fonctions d’acheteurs et d’offreurs de soins, et met les hôpitaux en concurrence. Elle oublie d’investir : la qualité des soins dégringole tandis qu’enflent les délais d’attente. Tony Blair, dans les années 2000, injecte des milliards dans le NHS. Les délais d’attente se tassent mais les assurances privées montent en puissance, signe d’un retour aux méthodes libérales. L’accès aux soins reste inégal, et par endroits, la qualité des soins défaille. Le récent scandale du Mid Staffs (du nom d’un hôpital où des centaines de morts auraient pu être évitées*) souligne l’urgence à agir.
Pédagogie.
En 2012 est donc votée une loi baptisée « Health and social care act ». Les bouleversements, énormes, interviennent dans un temps très court. Le gouvernement a sans doute manqué de pédagogie car nombreux sont les Anglais, médecins y compris, à n’avoir pas compris les changements. Affreusement technique et complexe, la réforme est entrée en application le 1er avril dernier. Ses opposants ne désarment pas, qui continuent de battre le pavé pour dénoncer la privatisation du NHS et le risque de nouveaux scandales sanitaires. Le « Quotidien » analyse les enjeux principaux.
* Dans notre édition du 24 juin, retrouvez le second volet de notre reportage sur les récents scandales hospitaliers qui ont troublé l’Angleterre, et la problématique, centrale Outre-Manche, de la qualité des soins et de l’évaluation des pratiques professionnelles.
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