C’EST UNE révolution dont la plupart se seraient passés. Les généralistes anglais sont chargés de dénicher les meilleurs spécialistes, ceux qui offrent la qualité des soins optimale. À charge ensuite pour les CCGs de passer commande en soins hospitaliers et psychiatriques, mais aussi en transports, en soins d’urgence...
Un contrat fixe le cadre (résultats cliniques, volume d’activité, satisfaction des patients, dépenses...). Au moindre écart, l’offreur peut perdre un marché. D’aucuns prédisent la faillite des hôpitaux les moins performants - à moins qu’un salvateur sursaut ne les remette d’aplomb.
Moyens limités.
Les CCGs devront respecter un strict business plan. Les généralistes anglais ont déjà l’esprit d’entreprise, eux qui gèrent leurs cabinets comme de véritables PME. Mais ces responsabilités nouvelles les préoccupent. Plus impliqués dans la régulation des dépenses de santé, ils devront composer avec des moyens limités : le NHS doit économiser 20 milliards de livres d’ici à 2017. Un objectif qui inquiète tous les professionnels.
Les infirmiers, en particulier, craignent d’être la variable d’ajustement. « Les coupes ont déjà débuté : le NHS a supprimé 4 000 postes infirmiers entre 2010 et 2013 », expose Howard Catton, du Collège royal infirmier. Impliquée dans les récents scandales hospitaliers, pointée du doigt, la profession infirmière est en proie à un profond malaise. « Le nombre de patients à surveiller augmente sans cesse, reprend Howard Catton. À la clé, il y a un risque d’infection nosocomiale ou de mauvaise distribution de médicament. Nous craignons d’être de plus en plus sous pression, d’autant que la demande augmente avec le vieillissement de la population ».
La qualité des soins fera la différence... en théorie
N’importe quel organisme médical qualifié peut contractualiser avec un CCG, qu’il soit public ou privé. Un seul tarif s’applique, celui du NHS : impossible d’appâter un CCG avec des prix alléchants. La qualité des soins sera donc le principal argument de vente.
Dès lors surgit une autre question : comment reconnaître un gériatre performant ? « Les spécialités techniques peuvent être comparées à l’aide de chiffres. Mais quelle est la marque d’une prise en charge réussie pour une personne âgée ayant sept maladies différentes ? Quid en psychiatrie ? », interroge le Dr Patrick Cadigan. En charge des affaires cliniques au sein du Collège royal des « physicians » (29 spécialités regroupées), ce cardiologue reproche aux politiques d’avoir attisé les divisions médicales : « Il y a un fossé entre les GPs et les autres médecins. Nous sommes dans des tribus différentes. Le seul point positif de cette réforme, c’est qu’enfin les médecins vont parler aux médecins. L’intégration des services primaires et secondaires est notre Saint Graal. Mais à cause des objectifs d’économie, les GPs vont devoir rationner les soins ».
Gratuité, maladies chroniques : les défis de demain.
Une étude menée en 2012 auprès de généralistes anglais rend compte de leurs préoccupations : 85 % d’entre eux considèrent que le NHS devra préciser dans un futur proche quels soins sont gratuits ou non. Ils sont autant à estimer que la mise en place des CCGs va se traduire par de fortes disparités dans l’offre de soins.
Simon Pleydell, directeur adjoint de la « NHS Confederation », un organisme qui aide au développement de la politique de santé, se garde de toute critique officielle. « Cette réforme est politique, elle est là. Ce qui compte, c’est de la faire vivre. Certains GPs veulent s’investir, tous ne sont pas contre ». Comme toute l’Europe de l’Ouest, note Simon Pleydell, l’Angleterre est au pied du mur. Elle doit réformer son système de santé alors que guette la récession. « Le vrai défi, c’est de garder les gens atteints de maladies chroniques hors des hôpitaux », résume-t-il.
Mise au point
Palpitations : orientation diagnostique
En 5 points
Obésité : suivi d’un patient sous aGLP-1
Cas clinique
La fasciite nécrosante
Mise au point
La périménopause