« Attention à la dégradation du débat »

Publié le 10/02/2014
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Crédit photo : DR

LE QUOTIDIEN : Les changements de calendrier concernant la loi famille impactent-ils le travail du CCNE ?

Pr JEAN CLAUDE AMEISEN : Non. Cela fait plusieurs mois que le CCNE s’est auto-saisi des questions concernant l’AMP. Il n’y a pas, à ma connaissance, d’annonce d’un projet de loi concernant l’AMP. Si cela avait été le cas, nous serions en train d’organiser une conférence de citoyens, comme nous le demande la loi relative à la bioéthique de 2011, et comme nous l’avons fait pour les questions concernant la fin de vie. Le CCNE avance donc dans sa réflexion concernant l’AMP comme il avance dans sa réflexion sur d’autres questions pour lesquelles il n’a pas de calendrier particulier : le CCNE rendra son avis lorsqu’il considérera que cet avis est suffisamment abouti pour apporter une contribution utile à la réflexion de la société et du législateur. Je ne peux pas vous donner de date précise, je pense que cela sera avant la fin de l’année 2014.

Comment entendez-vous le débat actuel sur la famille et les questions de GPA et d’AMP ?

Actuellement, je n’ai pas l’impression qu’il y ait un véritable débat, mais plutôt des expressions très fortes d’opinions déjà établies. J’espère que, comme d’autres pays, notre pays réussira à faire émerger une réelle culture de débat, de réflexion collective. Il y a des sondages, des manifestations dans la rue, un contexte de tension, et ce qui fait cruellement défaut, c’est l’écoute de l’autre, l’élaboration d’une réflexion plurielle, telle qu’elle peut naître au sein du CCNE, ou dans une conférence de citoyens, ou dans d’autres lieux où des personnes diverses font l’effort de réfléchir ensemble.

Le CCNE a été mis en cause à la suite du dernier renouvellement de ses membres. Certains ont évoqué une reprise en main idéologique. Comment réagissez-vous à ces critiques ?

La loi prescrit que le CCNE est renouvelable par moitié tous les deux ans, sans que cela ait jamais, à ma connaissance, fait l’objet de critique. Le CCNE est une autorité indépendante, dont la mission est consultative, et dont les membres sont nommés par une quinzaine d’institutions différentes, dont le Collège de France, l’INSERM, le CNRS, l’Académie de Médecine, l’Académie des Sciences... Les nominations qui ont eu lieu alors que François Mitterrand, puis Jacques Chirac puis Nicolas Sarkozy étaient présidents de la République ont été accueillies sans contestation. Cet automne, les nominations ont été la cible de critiques et d’un véritable procès en légitimité qui ne facilite pas notre mission, qui est de contribuer à la réflexion publique sur des questions éthiques et des problèmes de société concernant les sciences du vivant, la médecine, et la santé.

Comment l’analysez-vous ?

Ces critiques témoignent d’une méconnaissance de ce qu’est le CCNE, de son histoire, et de ses missions. Faut-il rappeler que ce comité, le premier à avoir vu le jour dans le monde, il y a trente ans, a servi de référence dans tous les pays européens et dans la plupart des pays du monde, qui se sont dotés de semblables structures ?

Comment ressentez-vous ces attaques ?

Je crains qu’elles traduisent une dégradation de la confiance dans le débat public, dans l’écoute, dans le respect de l’autre, et dans le dialogue social. Mais je trouve que les débats approfondis et pluriels qui ont eu lieu depuis plus d’un an et demi sur la fin de vie, et qui ont débuté avec les débats sereins, dans une dizaine de villes, menés par la Commission Sicard, montrent qu’une réflexion sereine et ouverte sur des sujets importants est possible dans notre pays.

Propos recueillis par Ch. D.

Source : Le Quotidien du Médecin: 9300