DÉCIDÉMENT, le P-DG de Total, Christophe de Margerie, n’a ni l’art ni la manière. Que sa compagnie, la première de France, ait fait en 2008 des bénéfices sans précédent devrait réjouir tout le monde. Les spécialistes du misérabilisme s’ emportent chaque année contre la prospérité de Total, alors qu’elle apparaît, surtout en ce moment, comme une garantie pour l’emploi et pour l’investissement face à une crise accablante. A l’occasion de l’annonce des bénéfices de Total pour 2007, nous nous étions élevés contre l’idée de surtaxer la société pour la simple raison qu’il ne faut pas sanctionner la vertu et décourager ceux qui réussissent. Aujourd’hui, il nous est impossible de maintenir ce raisonnement. Sans abonder dans le sens des critiques inspirées par l’éternelle défense du prolétariat, nous estimons qu’une compagnie qui occupe le tout premier rang en France, qui s’est enrichie en 2008 d’une somme jamais atteinte à ce jour dans notre pays, qui, de surcroît, joue un rôle stratégique en matière d’énergie, ne peut pas s’appliquer les règles de la PME menacée de disparition ; qu’elle à une responsabilité politique et morale ; qu’elle doit, en quelque sorte, veiller à sa réputation.
L’odeur du souffre.
Les résultats de Total soulèvent depuis longtemps des remontrances du genre éthique dans les milieux où l’on semble croire que les salariés seraient mieux payés dans une société en faillite ou qui a de la peine à survivre. Ce n’est pas avec ces loups-là qu’il faut crier. Nous n’aurions pas de problème de chômage si toutes entreprises françaises se distinguaient comme Total. On ne saurait à la fois mépriser l’argent et réclamer sans cesse une hausse du pouvoir d’achat.
Pour autant, Total aurait été mieux inspiré s’il n’avait fait le nécessaire pour apporter à ses détracteurs une justification a posteriori. Son P-DG, Christophe de Margerie, ne doit pas oublier que Total, c’est quand même la pollution de notre littoral occidental et la destruction de Toulouse ; sans compter les affaires obscures où ont trempé ses anciens dirigeants (et ne concernent pas, bien sûr, la direction actuelle). Bref, Total sent le souffre alors que ce devrait être l’une des structures les plus solides de notre système économique, l’une dont nous devrions être le plus fiers.
Il ne faut pas sept ans de réflexion pour comprendre que la France à tout à gagner à posséder des sociétés de ce calibre. Nous ne sommes pas riches que de nos sociétés nationales, mais aussi de nos entreprises privées. Elles sont, en bonne logique, un espoir pour l’emploi et un plus pour les recettes fiscales de l’État. Encore faut-il que leurs directions, avec un manque de sens commun qui relève soit de l’aveugement soit du plus parfait cynisme, ne poussent pas l’obession de l’efficacité jusqu’à sacrifier des postes de travail au nom du profit. On en viendrait presque à leur dire : si c’est si difficile pour payer 555 salariés, tenez, voici l’argent. Certes, les dirigeants de la compagnie n’ont pas manqué de nous expliquer en long et en large la nécessité d’abolir des emplois non-productifs, parce qu’ils ne sont pas adaptés aux exigences de la consommation en gazole, plus élevée que celle d’essence. Et, bien entendu, il ne s’agit pas de licencier, mais de ne pas remplacer des salariés qui partent.
Le coût de l’indifférence.
Sur le papier, l’argumentaire se tient. Politiquement, la position de Total est nulle. M. de Margerie ne peut pas ignorer l’environnement économique et social, il ne peut pas ignorer la progression fulgurante du chômage, il ne peut pas, au nom des techniques de gestion, désespérer les Français. Car, si la plus riche des entreprises licencie, comment toutes les autres feraient-elles l’effort de garder leurs employés ? Il y a une crise mondiale, M. de Margerie. Il y a des millions de Français qui souffrent. Certes, vous allez nous dire qu’avec la chute des cours du pétrole, vous ne ferez pas en 2009 des bénéfices comparables à ceux de 2008. Mais quoi, sur vos 14 milliards de profits, vous n’auriez pas, au fond de votre poche, deux ou trois millions pour la paix sociale ?
Vous ne pouvez pas à la fois être au faîte de la puissance industrielle et vous conduire en grippe-sou menacé par la ruine. Vous ne pouvez pas à la fois faire les manchettes des journaux économiques grâce à votre succès et recourir à des procédés de patron pris à la gorge.
Ou alors, acceptez les conséquences de vos actes. La crise sociale est telle, la souffrance si aiguë, les revendications si nombreuses que des émeutes dictées par l’exaspération mettront à bas votre belle construction gestionnaire. On verra alors si vos suppressions de poste en valaient la peine. On pourra calculer le coût de l’indifférence, pour ne pas dire du mépris.
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