L’École des hautes études en santé publique (EHESP), la mutuelle Aésio et Airparif se sont associés pour créer la chaire Respect (RÉsilience en Santé, Prévention, Environnement, Climat et Transition). Le but : « étudier le lien entre santé et environnement afin d’objectiver les risques accrus ou les nouveaux risques sur la santé et de proposer un système de santé sobre en carbone et adapté aux besoins en termes d’offre de soins, d’accessibilité et de prévention. »
Plus précisément, une dizaine de collaborateurs issus des trois structures participantes vont assister un ingénieur et un doctorant financés pour une période de 3 ans (renouvelable) par Aésio, et sous le pilotage scientifique de l'EHESP. Ils seront chargés travailler selon trois axes. Le premier est la production d’un document de référence sur la résilience en santé face aux changements climatiques et la perte de biodiversité. Le deuxième est la réalisation d'une recherche-action auprès des acteurs de santé et des usagers pour tester de nouveaux modèles de prise en compte de la santé, probablement dans les établissements médicosociaux gérés par Aésio. Le dernier axe est la description de scénarii prospectifs en prévention, pour intégrer les facteurs de risques environnementaux dans la santé. La chaire pourra aussi compter sur les ressources de l'institut de recherche en santé, environnement et travail (Irset) dont l'EHESP est l'une des tutelles.
Priorité à la prévention
Des recommandations seront émises dans le cadre d’une « double stratégie atténuation/adaptation face au changement climatique ». La prévention généralisée sera priorisée, notamment pour prendre en compte la nécessité de juguler la demande en soins et d’amorcer leur décarbonation. Les solutions numériques feront l'objet d'une évaluation de la balance entre leur soutenabilité écologique et les économies d'énergie et de matières premières qu'elles permettent.
« Le respect de la limite de ce que l'on peut consommer commence par la connaissance de cette limite », résume Laurie Marrauld, titulaire de la toute nouvelle chaire. Maîtresse de conférences à l'EHESP, la scientifique est une habituée de la problématique de l'empreinte environnementale de la santé. Membre bénévole du Shift Project, elle a coordonné le rapport « Décarbonons la santé », rendu public en novembre dernier. Ce rapport avait conclu que le monde de la santé produisait, en France 50 millions de tonnes de CO2 par an, soit 8 % du total national. « Il s'agit d'une sous-estimation car nous n'avions pris en compte que ce qui se passait à l'hôpital, renchérit Laurie Marrauld. Pour les gestionnaires de la santé, il va falloir rapidement adopter des mesures d'atténuation. On est déjà embarqués pour une augmentation de la température de 2 degrés. Cela implique des modifications environnementales majeures. Je ne compte plus le nombre de témoignage des professionnels de la santé qui m'explique que par temps de canicule, on doit fermer des blocs opératoires. »
Ça va chauffer !
Selon les dernières estimations du Groupe intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec), même en limitant la hausse de la température mondiale à 2 °C, 420 millions de personnes de plus sur Terre feront face à des canicules extrêmes et jusqu'à 80 millions de personnes supplémentaires auront faim d'ici à 2050. Le changement climatique pourrait impacter près de 75 % des approvisionnements en eaux souterraines, si bien qu'entre 350 à 400 millions de citadins supplémentaires seront exposés aux pénuries d'eau. En termes de maladies, le réchauffement risque d'entraîner une explosion des cas de dengue, de fièvre jaune ou de zika.
« Depuis 30 ans, la plupart des expositions environnementales historiques au plomb ou aux basses températures sont en baisse, sauf la pollution de l'air en hausse dans les pays en développement », explique Le Dr Jean-David Zeitoun, gastro-entérologue et auteur du livre « La grande extension : histoire de la santé humaine ». Dans le même temps, « le réchauffement climatique fait peser de nouvelles menaces, poursuit-il. On sait par exemple que les risques de noyade, de violence, de consommation d'alcool et de tabac augmentent en période de canicule. »
Ces nouvelles menaces, auxquelles il faut ajouter l'insécurité alimentaire, poussent à la transformation de l’offre de soins, liée à la double contrainte carbone, c’est-à-dire réduire l’empreinte de l’activité de soins et trouver des substituts aux ressources carbonées.
L'ère des pénuries
Une autre menace pèse sur l'offre de soins : les pénuries de matières premières. « Les systèmes de soins mobilisent des ressources qui ne sont pas éternelles et qui, de plus, sont polluantes, constate Laurie Marrauld. Je vais régulièrement à Beyrouth et je peux vous assurer que, quand il n'y a plus de pétrole, il n'y a plus d'hôpital. »
Également impliqué dans le projet, Airparif mettra à disposition sa base de données sur la qualité de l'air. Le think tank Shift Project apportera les siennes également ainsi que de l’ingénierie pour les travaux de la chaire, notamment à travers le groupe de travail « plan de transformation de l’économie française en santé ». Le but en est la mise à disposition d'outils « bilan carbone facile ».
Problème de gouvernance
La création de cette nouvelle chaire, de même que toutes les initiatives qui fleurissent autour de la soutenabilité et de la résilience des systèmes de soin, ne doit pas faire oublier un problème fondamental : l'absence d'une gouvernance forte sur ces questions. « Le ministère de l'Environnement ne fait pas de santé, et celui de la Santé ne voit pas pourquoi il devrait s'imposer des objectifs de décarbonation, résume Laurie Marrauld. La question environnementale est une question managériale, et ceux qui ne s'en rendent pas compte vont se casser les dents ! »
« En 2005, les morts et les années d'espérance de vie en bonne santé perdues par la pollution chimique ont dépassé celles causées par la pollution classique qui ne font que décroître, précise le Dr Zeitoun. On estime que l'exposition à la pollution chimique augmente de 3 % par an alors que les pesticides sont peu testés et que leur régulation est un échec. Il n'existe pas de protocole mondial de mesure. Il faudrait un Giec pour la pollution de l'air et la pollution chimique. »
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