FRÉDÉRIC CHOPIN est mort en 1849, à 39 ans, d’une pathologie pulmonaire chronique qui pourrait, selon des études récentes, être due à une maladie génétique (fibrose kystique ou déficit en alpha 1-antitrypsine) – une hypothèse qui n’a pu être vérifiée, le gouvernement polonais refusant que l’on effectue un test ADN sur le cœur du musicien, conservé à Varsovie.
Le compositeur souffrait de nombreux maux, dont une mélancolie attribuée aujourd’hui à des troubles bipolaires ou à une dépression. Il était aussi victime d’hallucinations. Comme il le raconte dans une lettre à la fille de George Sand, durant un concert où il jouait sa sonate en si bémol mineur, en 1848, il dut abandonner le précipitamment le piano, car il en vit émerger « ces créatures maudites apparues déjà par une nuit lugubre dans un monastère » de Majorque en 1838. George Sand, dans ses mémoires, se souvient de ce cloître, qui « était pour lui plein de terreurs et de fantômes ». Et encore, entre autres, en 1844, il vit « une cohorte de fantômes ».
Un radiologue et un neurologue espagnol, Manuel Vazquez Caruncho et Franciso Brañas Fernandez ont tenté un diagnostic sur ces hallucinations, dont, dans leur étude publiée en ligne par « Medical Humanities »* (groupe BMJ), ils donnent encore quelques exemples.
Ils ont d’abord éliminé les pathologies psychiatriques, comme la schizophrénie et les états dissociés, car les hallucinations prennent habituellement la forme de voix et non de visions. Ils ont écarté aussi la migraine, qui peut entraîner des hallucinations qui durent jusqu’à une demi-heure, car les épisodes de Chopin étaient brefs et parce que les auras migraineuses sans maux de tête surviennent principalement chez des patients âgés de plus de 50 ans. Le syndrome de Charles Bonnet n’est pas non plus vraisemblable, le musicien n’ayant pas de désordres oculaires. Alors, les conséquences du laudanum qu’il prenait contre divers symptômes physiques ? Non, la description ne correspond pas et, d’ailleurs, Chopin a eu des hallucinations avant d’expérimenter cette préparation. Les auteurs se prononcent donc pour une épilepsie touchant le lobe temporal, qui peut produire des hallucinations visuelles complexes, généralement brèves, fragmentaires et stéréotypées, comme celles du musicien. Un trouble qui, compte tenu des connaissances de l’époque, pouvait facilement avoir échappé aux médecins de Chopin.
Modestes, les deux médecins espagnols concluent : « Nous doutons qu’un nouveau diagnostic ajouté à une liste déjà longue nous aide à comprendre le monde artistique de Frédéric Chopin, mais nous pensons que savoir qu’il avait cette pathologie peut aider à séparer la légende romancée de la réalité et jeter une nouvelle lumière permettant de mieux connaître l’homme et sa vie. »
* doi:10.1136/jmh.2010.005405.
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