Enquête sur la transfusion sanguine

Des enjeux de santé publique méconnus

Publié le 10/04/2014
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Crédit photo : SEBASTIEN TOUBON

Les activités autour de la transfusion sanguine - confiée depuis 2000 à l’EFS* - sont au cœur de la santé publique et ce, pour plusieurs raisons : le fait de disposer de donneurs sains sous-entend une éducation sanitaire efficace ; les contre-indications au don sont souvent liées à des infections virales, maladies cardiovasculaires, ou cancers ; les mesures de sécurité impliquent une réflexion médico-économique ; des travaux épidémiologiques sont nécessaires autant sur les donneurs que les receveurs... chaque professionnel est amené à croiser ces problématiques dans son exercice.

Chaque année 500 000 personnes sont transfusées par l’EFS, 500 000 utilisent un médicament dérivé du plasma. De plus, tous les citoyens pourraient être concernés : Yves Charpak, vice-président de la SFSP et directeur d’étude à l’EFS, et Pierre Lombrail, président de la SFSP estiment que « la proportion de la population naissante qui aura un jour besoin d’une cellule, d’un tissu ou d’un organe... est peut-être proche de 100 % ». Pourtant, les acteurs de la santé maîtrisent peu l’organisation et les enjeux de la transfusion sanguine. « C’est un sujet ignoré dans les cursus de formation », déplorent-ils dans l’éditorial de leur rapport.

Seulement 63 % des médecins se sentent concernés

D’après une enquête conjointe menée entre le 25 janvier au 4 mars auprès de 210 acteurs (dont 32 % de non soignants travaillant au sein d’une administration ou organisme de protection sociale, 23 % de soignants, 17 % d’associatifs, et 13 % d’universitaires), la connaissance de la transfusion sanguine est plus qu’approximative. Seulement un tiers des répondants déclare en identifier les risques et enjeux, 30 % se repèrent dans son organisation et ses acteurs. Plus de 80 % disent ne s’être pas informés sur cette thématique et seulement 63 % des médecins et 52 % des universitaires se sentent concernés dans leur pratique.

Au sujet de l’EFS en particulier, les acteurs sont bien avertis (à 77,2 %) de son activité de collecte, de préparation et de qualification des produits sanguins. Sa fonction d’approvisionnement en produits sanguins des établissements de santé est aussi bien connue (68 %), à la différence de celle d’approvisionnement en plasma du LFFB (51 %). Les activités de promotion et de recrutement des donneurs de moelle osseuse, de thérapie, de préparation de produits cellulaires ou tissulaires, d’expertise en immuno-hématologie receveur, de recherche et de banque de sang placentaire, sont en revanche méconnues.

Pour une meilleure communication

Malgré ce brouillard qui plane sur l’EFS, les professionnels du secteur sont attachés à ses valeurs et à la sécurité. La majorité estime que les produits sanguins sont désormais plus sûrs, grâce aux contrôles, à la sélection et responsabilisation des donneurs et à la formation des professionnels. Plus de 86 % souhaitent préserver l’anonymat du don, le bénévolat, le volontariat, et l’impossibilité de faire du sang et de ses produits dérivés une source de profit.

L’un des enjeux de la transfusion sanguine en France est de garantir l’autosuffisance. Mais seulement 4,2 % de la population française se portent candidats au don du sang chaque année.

Une très grande majorité (93 %) des acteurs interrogés estiment qu’une meilleure communication dans le milieu professionnel ou via les collectivités locales inciterait les Français à donner leur sang. Les généralistes et les pharmaciens sont aussi des intervenants plébiscités, alors qu’une promotion par les receveurs fait débat (37,7 % n’en voient pas l’intérêt). Moins de 60 % des répondants sont favorables à une révision des critères de sélection des donneurs.

Enfin, les professionnels se disent prêts à collaborer avec l’EFS pour promouvoir le don et l’éducation à la santé ; une reconnaissance de la mission de santé publique que remplit l’Établissement.

*L’EFS fait la promotion et la collecte du don volontaire, anonyme et gratuit, délivre des produits sanguins aux patients, les produit, sécurise et les distribue, et fournit du plasma de fractionnemment au laboratoire français du franctionnement et des biotechnologies, dont l’État est actionnaire à 100 %.

Coline Garré

Source : Le Quotidien du Médecin: 9317