Dans un contexte marqué par une 5e vague « forte » liée au variant Delta « dont le pic ne semble pas encore atteint » et par l’arrivée d'Omicron, au « profil mutationnel préoccupant », le Conseil scientifique plaide, dans son dernier avis rendu aux autorités le 8 décembre et publié le 13 décembre, pour une accélération de la campagne de rappel, notamment chez les soignants, et pour un renforcement des mesures barrières (port du masque, distanciation, télétravail, etc.).
Car, avertit-il, si rien n’est fait pour ralentir la circulation du Sars-CoV-2, « les semaines à venir devraient être marquées par une augmentation des admissions hospitalières de patients Covid-19 (…) avec un pic d'admissions à l'hôpital qui pourrait être supérieur à 2 000 par jour (proche du niveau observé lors de la deuxième vague de l'automne 2020) ».
Selon les modélisations de l’Institut Pasteur, réalisées avant l’arrivée d’Omicron, un renforcement « même léger » des gestes barrières et du télétravail, associé à une réduction des contacts, aurait un « impact important », permettant d’éviter des « mesures plus contraignantes plus tard ». Une baisse de 10 % des taux de transmission se traduirait ainsi une réduction de 40 % du pic d'admissions hospitalières, qui « soulagerait un secteur hospitalier éprouvé par vingt mois de crise sanitaire », est-il prédit.
Concrètement, baisser la transmission signifie éviter les clusters de grande taille (rassemblements collectifs en lieu clos sans port du masque), qui jouent un rôle d’accélérateur « majeur » de l’épidémie, pouvant « faire perdre de précieuses semaines de préparation face à l'épidémie ». Pour les fêtes de fin d’année, il s’agit de limiter le nombre de convives, d'aérer (10 minutes par heure ou en permanence) et de pratiquer un autotest le jour même ou un test antigénique la veille ou le jour même de l’événement.
Par anticipation, dans un contexte de tensions hospitalières, les Agences régionales de santé (ARS) sont également incitées à prévoir « dès maintenant la montée en charge des organisations en secteur conventionnel comme en soins critiques pour in fine être capable de gérer 2 350 hospitalisations par jour de patients Covid au pic de la 5e vague », insiste l’avis, invitant à anticiper la saturation dans une logique de « prendre soin de ceux qui soignent ».
Passer le rappel avec Moderna de 50 à 100 μg
La vaccination de rappel reste par ailleurs un « outil de prévention majeur, efficace à court terme », dont la mise en œuvre à une échelle massive implique des enjeux opérationnels qu’il convient de régler : réouverture des centres de vaccination, dispositifs d’aller vers, fluidité de l’approvisionnement, etc. L’avis insiste par ailleurs sur l’efficacité des schémas hétérologues et suggère que la dose de rappel avec Moderna, actuellement de 50 μg (demi-dose) « pourrait être augmentée dans les semaines qui viennent à 100 μg pour induire une meilleure réponse immunologique vis-à-vis du variant Omicron ».
Mais les effets collectifs attendus de la campagne de rappel ne seront pas immédiats. Si le rappel améliore la protection individuelle dès 8 jours, la campagne n’aura, d’un point de vue collectif, « un impact majeur qu’à partir de mi-janvier 2022, lorsqu’au moins 26 millions de personnes (l')auront eu », est-il souligné.
Concernant la vaccination des enfants de 5 à 11 ans, le Conseil scientifique reste prudent, rappelant un avis du Comité consultatif national d’éthique attendu pour le 16 décembre et la position « réservée » de la Société française de pédiatrie. La Haute Autorité de santé (HAS) s’est déjà prononcée en faveur de la vaccination des enfants avec des facteurs de risque, tandis que le Conseil d’orientation de la stratégie vaccinale, défavorable à une obligation, ne s’oppose pas à la généralisation « dès lors que les données de toxicité à court terme seront connues aux États-Unis ». Le Conseil scientifique s’en remet donc aux autorités sanitaires, mais rejette d’ores et déjà une obligation ou son inclusion dans un éventuel « passe sanitaire enfant ».
Pour ralentir la circulation virale dans les établissements scolaires, l’instance renouvelle sa recommandation en faveur d’un dépistage itératif systématique qui pourrait s’appliquer dès janvier 2022. Les écoles appliquent actuellement un dépistage dit « réactif », déclenché à la détection d’un cas. Seuls les enfants positifs et ceux qui ont refusé le test restent chez eux une semaine, la classe fermant à partir de 3 cas positifs. Mais le Conseil scientifique plaide depuis la fin de l’été pour un dépistage hebdomadaire systématique après lequel les élèves positifs sont renvoyés chez eux. Selon une modélisation de l’Inserm, cette modalité permet de réduire les transmissions tout en limitant les jours de classes perdus.
Anticiper la vague Omicron
En parallèle de ces mesures, les quelques traitements disponibles doivent être davantage utilisés, estime l’avis à propos des deux combinaisons d’anticorps monoclonaux autorisés en accès précoce, que sont l’association casirivimab + imdevimab (Ronapreve de Regeneron) et l’association tixagévimab + cilgavimab (Evusheld d’AstraZeneca).
Si des réserves sont émises quant à leur efficacité face à Omicron (le premier pourrait se révéler inefficace), le problème est pour l’heure « médical », avec un accès freiné par une prescription uniquement hospitalière et un manque d’adhésion des prescripteurs. « Les professionnels de premier recours ainsi que ceux de l’Assurance-maladie devraient systématiquement questionner le patient ayant un test positif et ses sujets contacts sur leurs facteurs de risque et, le cas échéant, pouvoir les orienter vers la structure/personne ad hoc », est-il préconisé, ainsi qu’une vigilance particulière aux sujets avec un IMC > 30, y compris chez les patients jeunes.
À plus long terme, l’enjeu est également d’anticiper l’impact d’une diffusion du variant Omicron, dont la rapidité de propagation dans une population « largement immunisée » (par infection ou vaccination) suggère une capacité d’échappement immunitaire « très conséquente ». Exprimant une inquiétude similaire à celles des autorités britanniques confrontées à une forte croissance d’Omicron, le Conseil juge que même avec la vaccination et une sévérité moindre du nouveau variant, une forte circulation virale conduira à « un surcroît d'hospitalisations qui se rajoutera à celles liées à la vague Delta ». Pour l’heure, les données préliminaires sur Omicron sont à interpréter avec « beaucoup de prudence, faute de recul ».
Une vigilance particulière est réclamée pour les outre-mer, dont les territoires de La Réunion et Mayotte sont, de par leur proximité et leur relation à l’Afrique australe, particulièrement exposés à une « rapide augmentation » d’Omicron. Globalement, hors métropole, l’enjeu est d’accélérer la primovaccination et de renforcer les mesures de protection individuelles, dans des territoires cumulant une forte prévalence de comorbidités, des capacités hospitalières limitées et un faible taux de vaccination (2 % en Guyane, 28 % à Saint-Martin, 33 % en Guadeloupe, 34 % en Martinique, 59 % à La Réunion, 64 % à Saint Barthelemy).
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