Alors que la vaccination des enfants de 5 à 11 ans à risque de forme grave de Covid ou vivant dans l'entourage d'une personne immunodéprimée a démarré ce mercredi 15 décembre, le Comité consultatif national d'éthique (CCNE) a rendu ce jour son avis sur l'ouverture de la vaccination à tous les enfants. Insistant sur les incertitudes et la nécessité d'encourager l'acceptabilité de la vaccination sans contraindre, le comité s'y montre favorable. Sous réserve toutefois de données de sécurité en vie réelle rassurantes provenant des États-Unis - attendues le 21 décembre.
Cet avis répond à une saisine du 26 novembre du ministère de la Santé et s'appuie notamment sur de nombreuses auditions d'experts, d'associations de parents d'élèves, ou encore d'associations familiales.
Le bénéfice individuel de l'enfant au cœur de la réflexion
Dans un contexte où 90 % des adultes et 80 % des adolescents sont vaccinés et où l'incidence du Covid est particulièrement élevée chez les enfants, la question de l'ouverture de la vaccination aux 5-11 ans est légitime. Néanmoins, comme l'a souligné Pierre-Henri Duée, corapporteur de l'avis, des incertitudes subsistent quant aux effets des vaccins à long terme mais aussi concernant les variants.
« Cet avis a avant tout mis l'enfant au centre de la réflexion. C'est surtout une évaluation du bénéfice pour l'enfant qui a été considéré. Le bénéfice collectif vient en second plan », indique le Pr Christophe Delacourt, chef de service de pneumologie pédiatrique à l'hôpital Necker (AP-HP), expert extérieur au groupe de travail.
Le CCNE s'est penché sur la vaccination des adolescents, lancée en juin. « La vaccination des adolescents a été un vrai bénéfice pour eux. Le niveau d'hospitalisation et de formes sévères a beaucoup diminué, tout comme les fermetures de classes », note la Pr Alexandra Benachi, corapporteuse de l'avis. Un argument en faveur de la vaccination des plus jeunes alors que la fermeture des classes dans les écoles représente un réel problème.
Convaincre les familles en les accompagnant
Les 5-11 ans sont par ailleurs davantage concernés par le risque de syndrome inflammatoire multi-systémique pédiatrique (PIMS) lié au Covid, bien que sa survenue soit rare. « Le risque de Covid long inquiète aussi. À ce jour, il y a eu une méta-analyse qui suggère qu'il pourrait y avoir des formes de Covid long chez l'enfant et qu'elles sont difficiles à diagnostiquer », poursuit la Pr Benachi.
Au bénéfice sur la santé physique apporté par la vaccination s'ajoute le bénéfice sur la santé mentale. « Le rapport de la Défenseure des droits sur la santé mentale des enfants a permis de confirmer le retentissement de la crise sur les apprentissages, la socialisation et la dépression et juge qu'il est indispensable de maintenir les classes ouvertes », complète la corapporteuse.
Reste à convaincre les familles de l'intérêt de vacciner leur enfant, alors que l'efficacité de la vaccination à l'échelle de la population dépendra de la couverture vaccinale. « Les données américaines et israéliennes montrent que l'adhésion des familles n'est pas optimale et il faut en tirer les leçons pour faire mieux », considère le Pr Delacourt.
« L'acceptabilité par les parents est un point majeur, tout comme l'acceptabilité par les acteurs de santé qui vont les prendre en charge », abonde la Pr Benachi. Mais l'avis du CCNE est formel : « En aucun cas, cette vaccination ne peut être rendue obligatoire. Il ne faut absolument pas qu'il y ait de passe sanitaire dans cette tranche d'âge », martèle la Pr Benachi, qui appelle à accompagner au mieux les familles dans leur choix avec des informations cohérentes et argumentées.
« L'adhésion des familles implique la participation indispensable des professionnels - pédiatre, médecin généraliste, puéricultrices... -, avec lesquels les familles peuvent avoir ce dialogue singulier pour comprendre l'intérêt de la vaccination. Ces acteurs doivent eux-mêmes être convaincus de l'intérêt de participer à cette information », complète le Pr Delacourt. Et de préciser que ces derniers doivent être inclus rapidement dans l'organisation de cette vaccination, au sein de filières de vaccination pédiatrique extrahospitalière.
Le pédiatre appelle aussi à veiller à ce que le déploiement de la vaccination n'entraîne aucune discrimination entre vaccinés et non vaccinés, que ce soit dans les activités scolaires ou extrascolaires.
Des données de sécurité attendues
Ces différents arguments sont néanmoins suspendus aux données de sécurité en vie réelle américaines, qui devront être prises en compte avant le déploiement de la vaccination chez les enfants.
Par ailleurs, le CCNE estime qu'il faudra proposer aux familles la réalisation d'un test sérologique de type TROD avant la vaccination pour évaluer si l'enfant a déjà été ou non en contact avec le virus et adapter le schéma vaccinal en conséquence.
Alors qu'Olivier Véran a annoncé que tout serait organisé pour le 20 décembre, la Pr Benachi insiste : « la campagne vaccinale doit être organisée rapidement, mais sans précipitation ». Elle précise également que la vaccination des enfants ne doit pas interférer avec la vaccination des adultes (y compris les rappels), qui reste indispensable et prioritaire.
Le CCNE s'était déjà prononcé à trois reprises sur la vaccination contre le Covid, avec un premier avis portant sur les bases d’un cadre éthique d’une stratégie vaccinale en décembre 2020,un deuxième sur les professionnels de santé et les professionnels
médico-sociaux en mars et un troisième sur l'ouverture de la vaccination aux 12-18 ans en juin dernier.
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