LA FRANCE EST RICHE. C’est une étude de l’INSEE qui le dit : elle évalue à 12 500 milliards d’euros la richesse nationale et à 9 500 milliards celle des ménages. Soit un patrimoine de 145 000 euros pour chacun de nos concitoyens. Cela signifie sans aucun doute que nous avons les moyens de nous protéger contre la dette et les déficits publics ; mais cela signifie aussi que la richesse collective est très mal répartie. Des millions de personnes n’ont pas un sou à elles, ou sont endettées, donc beaucoup d’autres ont nécessairement plus, et parfois infiniment plus, de 145 000 euros. Le système n’est pas équitable, pas plus que ne le serait une répartition contrainte qui nous ruinerait tous. Ne faut-il pas au moins l’aménager ?
Depuis le début de l’année, les mauvaises nouvelles, toutes liées à la récession, n’ont cessé de tomber. Le taux de chômage croît à grande vitesse et tous les jours, des fermetures d’usines sont annoncées, par exemple celle du fabricant allemand de pneus Continental à Clairoix, qui, après avoir promis de maintenir l’emploi jusqu’à la fin de 2012 en échange d’un retour à la semaine de 40 heures, a décidé de fermer ses portes en 2010. Si le taux de chômage, en moyenne, n’est pas (encore) catastrophique, dans certaines régions, les fermetures d’entreprises menacent le tissu social. Des familles entières sont vouées aux affres de l’endettement ; des sous-traitants risquent de disparaître ; des commerces perdent leur clientèle.
Les syndicats (et avec eux l’opposition) réclament une thérapie par la hausse, forcément artificielle, du pouvoir d’achat. Non, rétorquent la plupart des économistes, pour qui cette idée est anathème. Elle ferait perdre des points de compétitivité à la France et consisterait, en gros, à soulager un moment les salariés , au prix d’une croissance ultérieure du chômage.
Il reste que les nouveaux chômeurs, les foyers surendettés, les gens qui travaillent sans pour autant sortir de la pauvreté méritent la sollicitude de leurs compatriotes et, surtout, de l’État. Le gouvernement, et principalement le Premier ministre, François Fillon, refusent de remettre en cause les principes qui ont guidé leur action économique depuis deux ans. M. Fillon non plus ne manque pas d’arguments. La crise coûte très cher à l’État et chaque euro versé au titre de la solidarité augmente automatiquement une dette qui risque d’atteindre les 75 % du produit intérieur brut (PIB) à la fin de l’année. Il n’empêche que la vraie question est la suivante : du malheur des gens, ou de l’endettement, qu’est-ce qui est le plus grave ? Seules doivent être écartées les solutions qui se retourneraient à terme contre ceux-là même qu’elles seraient censées aider.
Du coup, un certain malaise s’empare de la majorité elle-même. Camper sur un dogme, s’entêter, laisser la colère monter, c’est tout ce qu’il ne faut pas faire en politique. Quelques députés UMP grognent qu’on pourrait quand même revenir sur le bouclier fiscal ; d’autres disent qu’il n’est pas interdit de taxer les riches quand les pauvres souffrent autant. D’autant qu’il y a une limite à la consommation de ceux qui ont tout, alors que ceux qui n’ont rien sont des consommateurs instantanés dès qu’ils disposent d’un peu d’argent. La hausse de certains impôts pour financer des mesures sociales ne serait donc pas un mauvais coup porté au pouvoir d’achat.
Dans la politique du gouvernement, une séquence a manqué. Il fallait prendre acte de la gravité de la crise, non pas seulement par le discours, comme l’a fait Nicolas Sarkozy, mais par des actes nouveaux. Rien n’interdit au président, aujourd’hui, de s’adresser à ses partisans comme à l’opposition et de dire en gros : « La récession est assez sérieuse pour remettre en question certaines des dispositions antérieures que nous avons prises. Nous devons porter secours aux plus fragiles d’entre nous et, au nom de la solidarité nationale, je décide la suppression temporaire du bouclier fiscal, ou une hausse ciblée des impôts directs sur les revenus supérieurs à cent mille euros, ou une hausse des impôts indirects. Les sommes ainsi recueillies iront directement à une meilleure indemnisation du chômage, aux foyers surendettés, aux familles menacées d’expulsion ».
Une vérité de gauche.
Nous rêvons ? Nous croyons que ce serait l’intérêt du gouvernement d’apaiser un climat de tension extrême qui est dû à une peur palpable de l’avenir immédiat. La crise a encore aggravé les inégalités structurelles. Il faut que les conséquences en soient partagées, au prix d’un sacrifice des classes supérieures qui ne serait d’ailleurs pas la fin du monde. De ce point de vue, il y a une vérité dans la position de la gauche et des syndicats. Le problème n’est pas que le bouclier fiscal a coûté 450 millions d’euros car, si 450 millions avaient été distribuées, ils n’auraient pas beaucoup soulagé les pauvres ; le problème est que bouclier fiscal, utile et peut-être indispensable en période d’expansion, devient redoutable quand la pauvreté est telle que le luxe et même le simple confort en deviennent des blasphèmes.
L’ÉTAT DOIT REMÉDIER À L’AGGRAVATION DES INÉGALITÉS PAR LA CRISE
Santé mentale des jeunes : du mieux pour le repérage mais de nouveaux facteurs de risque
Autisme : la musique serait neuroprotectrice chez les prématurés
Apnée du sommeil de l’enfant : faut-il réélargir les indications de l’adénotonsillectomie ?
Endométriose : le ministère de la Santé annonce une extension de l’Endotest et un projet pilote pour la prévention