COMME CE N’EST PAS la première fois que le gouvernement des États-Unis dépense des sommes colossales pour redresser la situation financière du pays, on se demande où Obama trouvera l’argent. En fait, les toxic assets n’ont cessé de jouer, depuis près de deux ans, le rôle du ver solitaire dans l’organisme : il est clairement apparu que, tant qu’ils n’auraient pas fait l’objet d’une gestion séparée, ils continueraient de provoquer des risques de faillite bancaire de trimestre en trimestre. La séparation des actifs toxiques a été réclamée par de très nombreux spécialistes aux États-Unis et en Europe. M. Bush, puis M. Obama, ont hésité à engager un montant si élevé qu’il se traduit, dans la réalité, par une nationalisation (au moins provisoire) du système bancaire. C’est pourtant aujourd’hui le prix que le nouveau président américain consent à payer dans l’espoir d’ôter de l’économie un poison qui la tue lentement mais sûrement.
La colère des taxpayers.
Aussi bien Timothy Geithner n’entend-il jeter ni 500 ni 1 000 milliards par la fenêtre. Le gouvernement fédéral négociera les actifs toxiques quand le marché sera plus favorable aux transactions. Il y laissera sans doute des plumes, mais pas la totalité des sommes engagées. Les dirigeants américains ne peuvent pas triompher pour autant. D’abord Timothy Geithner est contesté et on estime, notamment dans le camp républicain, qu’il a perdu du temps et n’a pas été efficace. Ensuite, le Congrès peut s’opposer à une dépense ou tout au moins au rassemblement d’une somme qui ne peut être garantie, à long terme, que par le contribuable américain. Enfin, il y a, aux États-Unis, une crise des primes et des bonus tout aussi sérieuse que le scandale des bonus en France. Les New Yorkais manifestent à Wall Street, font le siège d’AIG, conspuent Bernard Madoff quand il arrive au tribunal. Les financiers, honnêtes ou malhonnêtes, sont devenus des hommes à abattre (les Américaines font remarquer qu’on ne trouve que des hommes dans tous ces scandales). L’idée même qu’on puisse consacrer encore une somme énorme à la réparation des dégâts causés par les financiers est très mal accueillie par les taxpayers.
Autrement dit, M. Obama a parfaitement pris la mesure de l’effort à fournir, en dehors de toute considération morale ou politique, pour que la machine économique reparte, mais la population, indignée par la corruption et l’avidité des financiers, souhaite davantage leur faire payer leurs erreurs ou leurs crimes que sauver leurs institutions.
Le colosse de l’assurance qu’est AIG a déclenché une colère sans précédent quand il a annoncé qu’il versait 165 millions de dollars en bonus à ses principaux cadres juste après avoir obtenu une rallonge de 30 milliards de dollars du gouvernement. Edward Liddy, le nouveau P-DG d’AIG, n’est pas en cause : payé lui-même un dollar symbolique par an, il dit qu’il ne peut faire autrement que de respecter les contrats signés avec ses cadres à une époque où tout allait bien. En outre, les sommes versées à AIG font qu’il est pratiquement nationalisé : il appartient à 80 % au gouvernement des États-Unis.
Sarkozy, Obama, même combat.
On remarque que les situations sont comparables aux États-Unis et en Europe. Il a fallu un cri de rage national pour que les cadres de la Société générale renoncent aux bonus qu’ils ont touchés l’an dernier. Tous les chefs de la banque et de la finance devront en faire autant. On remarque aussi qu’AIG a joué un rôle essentiel en France. Il a assuré des transactions en Europe et il a versé, en guise de dédommagements, 11,9 milliards de dollars à la Société générale et 4,9 milliards de dollars à BNP-Paribas. Question : dans quel état se trouveraient ces deux banques si AIG ne les avait pas remboursés pour les pertes qu’elles ont encourues ? L’Amérique est responsable de la crise, mais elle en est aussi le seul remède. On remarque enfin la similitude des attitudes de Nicolas Sarkozy et de Barack Obama même colère à l’égard des banques ; même détermination à obliger leurs cadres à renoncer aux primes et bonus ; même volonté d’aller au bout de l’effort financier pour tuer le tænia qui ronge les économies. Nul doute en tout cas que la décision de racheter les actifs toxiques rassurera les gouvernements européens et donne une chance de réussite supplémentaire au G20 qui aura lieu la semaine prochaine à Londres. Le G20 est censé coordonner les plans anticrise des Américains, des Européens et des Asiatiques.
PRATIQUEMENT, LE SYSTÈME FINANCIER AMÉRICAIN EST EN COURS DE NATIONALISATION
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