Sous la pression des progrès de la médecine, et de l’émergence de nouvelles techniques regroupées sous le sigle « NBIC » (nanotechnologies, biotechnologies, informatique et sciences cognitives), l’« homme augmenté » ou « amélioration humaine » n’est plus un fantasme d’amateurs de science-fiction.
Ce phénomène, qui peut se définir par des modifications temporaires ou durables, visant à améliorer la performance humaine, grâce à des interventions sur le corps humain fondées sur des principes scientifiques et technologiques, a aiguillé la réflexion des philosophes. Le posthumanisme ou le transhumanisme y voit une façon de renforcer l’autonomie de l’homme en le rendant moins vulnérable, tandis que d’autres penseurs comme Francis Fukuyama s’interrogent sur ce qu’il reste du libre-arbitre ou de la responsabilité personnelle. Récemment, le Comité consultatif national d’éthique (CCNE) a rendu un avis sur la neuro-amélioration appelant à la prudence face à une tendance qui a de beaux jours devant elle.
À la demande des Semaines sociales de France, de La Croix et de France Télévision, le Crédoc a sondé le cœur des Français. Ils sont une majorité (62 %) à estimer que les limites humaines seront continuellement repoussées, comme l’indiquent aujourd’hui des performances sportives hors du commun. Un score qui s’explique selon les experts par un intérêt fort des Français pour le développement des sciences et technologies et un certain recul à l’égard du religieux.
La médecine au service de l’amélioration
Les Français - notamment les plus aisés et diplômés, et les jeunes - estiment à 58 % que la médecine ne doit pas seulement se contenter de soigner les maladies, mais peut aussi améliorer les capacités physiques et mentales des bien-portants. Près d’une personne sur deux pense que la médecine doit aider à « repousser les limites de la mort » et 38 % souhaitent qu’elle lutte contre les marques du vieillissement.
Les plus âgés ou les moins diplômés partagent une vision plus modeste de l’art médical, considérant qu’il doit avant tout soigner les maladies et lutter contre le vieillissement.
Les Français sont largement enthousiastes à l’égard des NBIC sur le principe, mais se montrent plus ambigus dans les applications concrètes. Si 60 % d’entre eux déclarent souhaitable de greffer un bras robotisé sur un corps d’homme, ils sont 85 % à refuser une greffe de composants électroniques dans le cerveau, par peur de perte leur identité. Seulement 4 % seraient favorables à ce type d’intervention dans une perspective d’amélioration des performances mentales. Et 88 % refuseraient de prendre des substances médicamenteuses.
Réticences à l’égard des données personnelles
Les Français sont assez frileux face au secteur de l’open data. Les trois quarts se disent contre l’installation d’un capteur microscopique sous la peau, relié à un centre médical. Ils en voient seulement l’intérêt pour géolocaliser les personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer. Ils doutent, à 79 %, de la protection des données qu’offrent les hébergeurs et seulement 16 % font confiance aux compagnies Internet pour protéger leurs informations personnelles.
Les Français font enfin part à 70 % de leurs craintes à l’égard des nanotechnologies dans le secteur de l’alimentation, et dans une moindre mesure (48 %), des médicaments.
Enquête réalisée par le Crédoc en face à face, en juin 2014, auprès d’un échantillon représentatif de 2 019 personnes de 18 ans et plus, selon la méthode des quotas.
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