« LES ACTIONS ENTREPRISES contre le tabagisme, l’alcoolisme, l’obésité et la sédentarité n’ont eu quasiment aucun effet auprès des plus défavorisés », a constaté le président de l’Ordre de médecins allemands, le Dr Frank-Ulrich Montgomery, dans le cadre du Congrès annuel des médecins qui vient de se tenir à Hanovre. L’opulente Allemagne cache des réalités moins plaisantes, comme l’écart croissant d’espérance de vie à la naissance entre les citoyens les plus pauvres et les plus aisés, qui atteint désormais 10,8 ans pour les hommes et 8,4 ans pour les femmes. De même, les hommes les plus pauvres voient leur santé se dégrader durablement 14 ans avant les plus aisés.
Les médecins réclament une réorganisation des politiques de prévention autour de ceux qui en ont le plus besoin, mais qui sont les moins touchés par les campagnes d’éducation et de prévention. Ils plaident pour des actions plus ciblées en direction des femmes enceintes et pour un renforcement des structures de santé publique et scolaire. La santé des chômeurs de longue durée, des personnes sans abri et des étrangers, devrait aussi faire l’objet de politiques spécifiques.
Le Congrès des médecins, qui fonctionne comme un « parlement élu » par l’ensemble du corps médical, a adopté une série de résolutions dans ce sens, transmises notamment aux pouvoirs publics. Il déplore que « les marges économiques prennent le pas sur les besoins des patients » et souhaite sortir de cette logique, même si les organisations médicales, au-delà du constat commun, sont loin de s’accorder sur des réponses identiques. Le Congrès a souhaité donner plus de place aux questions sociales dans la formation initiale et continue des médecins. Les étudiants en médecine, estime-t-il, ne devraient plus être sélectionnés et formés uniquement en fonction de critères scientifiques, mais aussi en fonction de leur capacité à s’engager auprès des autres.
Scandales autour du don d’organes
Le Congrès est par ailleurs revenu sur plusieurs scandales survenus ces derniers mois, concernant les listes d’attente d’organes en vue de transplantation. À Munich, Leipzig, Göttingen et Essen, des médecins transplanteurs sont accusés d’avoir falsifié les dossiers de certains patients en attente d’organe, en particulier de foie, pour leur en obtenir un de manière prioritaire, parfois en échange d’un « don » pour leur clinique. Un hôpital de Munich a récemment perdu son agrément pour les transplantations, et deux chirurgiens, à Göttingen et à Essen, ont passé plusieurs mois en prison, bien qu’aucun enrichissement personnel n’ait été prouvé contre eux. L’Allemagne dispose des lois les plus restrictives du monde en matière de transplantations d’organes, et les prélèvements ne peuvent être effectués que sur des personnes ayant expressément exprimé leur choix d’être donneurs, à l’inverse de la majorité des pays européens où toute personne est présumée consentante, sauf refus explicite.
Mais cette politique a pour conséquence une pénurie chronique d’organes, qui s’est encore aggravée suite à ces scandales : le nombre de donneurs potentiels, déjà en baisse depuis plusieurs années, a encore chuté de 18 % depuis début 2013. Alors que 12 000 patients attendent une greffe, seulement 1 100 personnes sont actuellement prêtes à donner un organe après leur mort, contre 3 500 en 2006. Le Congrès des médecins se mobilise donc pour sensibiliser la population à l’importance du don d’organes, sans réclamer pour autant l’introduction d’un consentement présumé, qui se heurte en Allemagne à une forte opposition liée notamment à des raisons historiques.
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