La pollution atmosphérique peut-elle réduire nos performances cognitives ? C'est ce que tend à montrer une étude menée par des chercheurs de l’Inserm, de l’université de Rennes 1 et de l’École des hautes études en santé publique (EHESP) à partir des données de la cohorte Constances, publiée ce 10 mars dans « The Lancet Planetary Health ».
L'équipe a cherché à évaluer l’impact sur les performances cognitives de trois polluants liés au trafic routier : les particules fines de diamètre inférieur à 2,5 microns (PM2,5), le dioxyde d’azote (NO2) et le carbone suie. Pour ce faire, elle s'est tournée vers 61 462 participants de la cohorte épidémiologique Constances, âgés de 45 ans et plus, cet âge étant considéré comme celui à partir duquel commence à s'observer une baisse des performances cognitives liée au vieillissement.
Mémoire, fluence verbale, fonctions exécutives
Tous ont participé à une série de tests mesurant leurs performances cognitives dans trois grands domaines de la cognition : la mémoire, la fluidité d’expression orale (ou fluence verbale) et la capacité à prendre des décisions (ou fonctions exécutives). Les chercheurs ont établi un score des performances cognitives pour chacun des tests, en tenant compte du sexe, de l’âge et du niveau d’étude de chaque participant.
Pour mesurer l’exposition de chaque participant à la pollution, l’équipe de recherche a utilisé des cartes dites « d’exposition » estimant la concentration de polluants à l’adresse du domicile, à partir de variables comme la densité du trafic routier ou la proximité du domicile aux routes.
En croisant les résultats des tests cognitifs avec le niveau d’exposition aux trois polluants atmosphériques, l’étude révèle que l'exposition à de plus grandes concentrations de ces polluants serait associée significativement à un plus bas niveau des performances dans les trois domaines cognitifs étudiés, notamment la fluence verbale et les fonctions exécutives. Pour les participants les plus exposés, les chercheurs ont constaté une différence allant de 1 à près de 5 % du score des performances cognitives par rapport aux participants moins exposés, « ce qui est considérable », lit-on.
Des différences selon les polluants
« Le dioxyde d’azote et les particules PM2,5 impactent davantage la fluence verbale (avec des différences par rapport aux participants moins exposés de - 3,8 % pour le NO2 et de - 4,6 % pour le PM2,5, NDLR), tandis que le carbone suie a un plus grand impact sur les fonctions exécutives », précise Bénédicte Jacquemin, la chercheuse Inserm qui a dirigé ces travaux.
Les chercheurs devraient désormais observer l'évolution dans le temps des fonctions cognitives de ces adultes, « afin de voir si l’exposition à la pollution est aussi associée à une baisse du fonctionnement cognitif avec le temps, baisse qui peut refléter les premiers signes de démences, tant de la maladie d’Alzheimer que d’autres formes de démences du sujet âgé », explique Bénédicte Jacquemin.
Santé mentale des jeunes : du mieux pour le repérage mais de nouveaux facteurs de risque
Autisme : la musique serait neuroprotectrice chez les prématurés
Apnée du sommeil de l’enfant : faut-il réélargir les indications de l’adénotonsillectomie ?
Endométriose : le ministère de la Santé annonce une extension de l’Endotest et un projet pilote pour la prévention