« Nous sommes, de nouveau, à l'épicentre. » Alors que l'Organisation mondiale de la santé (OMS), à travers la voix de son directeur Europe Hans Kluge, s'alarme du rythme « très préoccupant » de transmission du Covid-19 en Europe, la France est confrontée à un regain de l'épidémie, malgré un taux de vaccination dépassant les 75 % (contre 47 % pour la région Europe de l'OMS).
Si les derniers chiffres de Santé publique France ne seront connus que ce soir, le point du 28 octobre dernier indiquait déjà que « la reprise de la circulation virale s'est confirmée en métropole ». La semaine du 18 octobre, le seuil de 50 nouveaux cas pour 100 000 habitants était dépassé dans 44 départements métropolitains.
Élèves masqués dans 57 départements
En réaction, le gouvernement rétablit par décret le port du masque pour les enfants à partir du 8 novembre dans les écoles de 39 départements* « où le taux d'incidence s'est malheureusement restabilisé au-dessus de 50 pour 100 000 habitants », alors que l'obligation avait été levée fin septembre pour les élèves (non les professeurs), a indiqué le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal. En tout, ce sont 57 départements métropolitains et quatre territoires ultramarins (Réunion, Guadeloupe, Martinique, Guyane) qui feront une rentrée scolaire masquée.
« On a une boussole depuis le début de cette crise, c'est que dès lors qu'on peut alléger des mesures de contrainte, nous le faisons. Évidemment, ce principe vaut dans les deux sens et dès lors que la situation se dégrade, malheureusement, nous devons réactiver un certain nombre de mesures », a justifié Gabriel Attal.
Certains syndicats d'enseignants du primaire craignent de l'incompréhension. « L'effet yoyo et ces allers-retours risquent de créer de l'instabilité et de l'insécurité dans les écoles », considère Guislaine David, secrétaire générale du Snuipp-FSU. « C'est aussi notre rôle d'expliquer qu'on n'est pas sortis encore de cette pandémie », nuance Catherine Nave-Bekhti, secrétaire générale du SGEN-CFDT, saluant une mesure « plutôt sage si on veut éviter des contaminations nombreuses qui amèneront immanquablement des fermetures de classes, voire des fermetures d’écoles ».
Consensus scientifique en faveur du masque
Il y a en revanche un relatif consensus chez les scientifiques. « Des projections fiables montrent que si nous parvenions à un taux d'utilisation de 95 % des masques en Europe et en Asie centrale, nous pourrions sauver jusqu'à 188 000 vies sur le demi-million de vies que nous risquons de perdre d'ici février 2022 », a noté le directeur de l'OMS Europe, Hans Kluge.
S'il est certes difficile de « quantifier dans quelle mesure le port freine la propagation épidémique en ce moment, le port du masque pourra empêcher des contaminations tant que celles-ci ne sont pas rendues impossibles par la vaccination », explique à l'AFP Alexandre Nicolas, chercheur au CNRS.
« Tant que le coronavirus cause des Covid longs, des complications conduisant à l’hospitalisation ou au décès dans des proportions substantielles, nous voudrons tout faire pour éviter de contracter ce virus », enchérit l'épidémiologiste Antoine Flahault. Et « pour réduire le risque d’infection, nous savons désormais qu’il convient de combiner les mesures efficaces que sont le vaccin, le port du masque en milieu intérieur, la ventilation dans les lieux clos ».
Mauvais exemples du Royaume-Uni et du Danemark
Il s'en réfère aussi aux voisins européens : les pays qui ont fait le pari de supprimer le port du masque, comme le Royaume-Uni mi-juillet, ou le Danemark en septembre, connaissent une situation épidémiologique beaucoup plus défavorable que celles de la France, l'Italie, la Suisse, l’Espagne ou du Portugal qui, eux, l’ont conservé, fait-il remarquer. « Sans qu’il soit aisé d’attribuer la totalité de la dégradation de leur situation à la seule levée du port du masque, il est probable qu’elle ait joué un rôle », commente Antoine Flahault.
« Le problème, c'est qu'on a affaire à une pandémie et qu'on n'en a pas le contrôle mondial pour l'instant, ce qui nous empêche de dire : "on relâche tout" », considère encore Rodolphe Thiébaut, professeur de santé publique à l'université de Bordeaux et directeur de recherche à l'Inserm. Et d'ajouter que le port du masque reste mieux toléré qu'un confinement ou un couvre-feu. Il pourrait même à l'avenir permettre d'éviter la propagation d'autres virus, si l'habitude est prise de se masquer en cas de maladie.
Inquiétudes en Allemagne
« Le rythme actuel de transmission dans les 53 pays de la région européenne est très préoccupant. Si nous restons sur cette trajectoire, nous pourrions voir un autre demi-million de décès dus au Covid-19 dans la région d'ici février », a alerté le directeur de l'OMS Europe, Hans Kluge. En cause : une couverture vaccinale encore insuffisante, et l'assouplissement des mesures barrières. « La plupart des personnes hospitalisées et mourant du Covid-19 aujourd'hui, ne sont pas complètement vaccinées », a souligné Hans Kluge. Seulement 47 % des personnes de la région Europe, qui comprend les pays européens et plusieurs d'Asie centrale, ont reçu deux doses de vaccins.
Cette quatrième vague de Covid-19 touche tout particulièrement l'Allemagne qui a battu ce 4 novembre son record d'infections quotidiennes (datant de décembre 2020), avec 33 949 nouvelles contaminations en 24 heures. « La situation est grave », a commenté sur la chaîne publique ZDF Helge Braun, bras droit d'Angela Merkel à la chancellerie, indiquant que les hôpitaux se retrouvent confrontés à un afflux de patients en Thuringe et en Saxe (ex-RDA). De nouvelles mesures de restriction sont à l'étude.
* L'Ain, les Hautes-Alpes, les Ardennes, l'Aveyron, le Cher, la Corrèze, la Haute-Corse, les Côtes-d'Armor, la Creuse, la Drôme, l'Eure-et-Loir, le Gers, l'Ille-et-Vilaine, l'Indre-et-Loire, l'Isère, le Loir-et-Cher, la Haute-Loire, la Loire-Atlantique, le Lot, le Lot-et-Garonne, le Maine-et-Loire, le Morbihan, la Moselle, le Nord, l'Oise, les Pyrénées-Atlantiques, les Hautes-Pyrénées, les Pyrénées-Orientales, le Bas-Rhin, le Haut-Rhin, la Sarthe, la Savoie, la Seine-et-Marne, les Deux-Sèvres, le Tarn, le Tarn-et-Garonne, le Var, la Vendée et la Vienne.
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