ON DIRA d’abord qu’il faut plus de courage pour s’adresser aux Français quant tout, mais tout, va mal, que lorsque la France est confiante et sereine. De courage, le président ne manque pas qui, comme les bons hommes d’État, trouve un aliment à son action (et même à son interventionnisme) dans l’adversité. Il n’est pas responsable de cette crise dont le précédent remonte à 60 ans ; mais, ne l’étant pas, il n’est pas désigné comme seul thérapeute au chevet de la planète déprimée. En général, les hommes et les femmes de pouvoir qui rencontrent des difficultés, commettent leurs premières erreurs et essuient quelques défaites, tirent la leçon de leur expérience. Ils deviennent plus prudents, prononcent des propos plus lucides, expriment des réserves même si leur devoir est de réconforter leurs concitoyens. Pas Sarkozy. Il est resté identique à lui-même.
De Gandrange à Caterpillar.
Certes, il n’a pas manqué, après son mariage avec Carla Bruni, et probablement sur son conseil, de mettre un terme à un comportement de playboy qui choquait l’opinion ; il a aussi reconnu publiquement quelques-unes de ses erreurs ; égocentrique jusqu’à la mlle, il ne prétend pas pour autant être un génie universel. Il n’est pas fou, comme le souffle le bouche-à-oreille, et il est parfois raisonnable. Mais, sans doute parce qu’il ne fait pas une évaluation extrêmement positive de ses semblables, y compris ceux dont il s’est attaché le service, ce qui est dangereux, sa confiance en lui-même est telle qu’il la laisse transparaître dans tous ses discours. Aucune calamité n’est si grave qu’il ne puisse en venir à bout. Et, quoi qu’il en soit, il est le meilleur pour combattre et vaincre ; à tous les concours, il arriverait bon premier.
M. Sarkozy avait promis qu’il sauverait les emplois de Gandrange. Mercredi dernier, l’usine a fermé ses portes et ses salariés étaient sur le carreau. Les fermetures d’usine se multiplient en France. On apprend, non sans accablement, que Caterpillar, constructeur américain d’engins agricoles géants, licencie. Que dit M. Sarkozy mercredi matin sur Euope 1 ? Mot à mot : « Je vais sauver le site ». Or, la veille au soir, les ouvriers licenciés de Gandrange rappelaient les promesses formelles que M. Sarkozy leur avait faites et qu’ils n’a pas tenues. Nul ne leur reprochera donc de dire qu’ils ont été trahis par le chef de l’État. Comment, alors même que Gandrange est dans tous les esprits, peut-il faire aux Caterpillar une promesse identique aussi vaine ? Comment ne voit-il pas que son interventionnisme verbal va très vite se retourner contre lui ? Il est comme ça, on ne le changera pas ? Mais il y a un moment où même Superman doit changer.
De la même manière, Nicolas Sarkozy voulait que le G20 d’hier amorçât une réforme réelle des finances internationales, que tous les États membres, y compris l’Amérique, mettent en uvre la disparition programmée des paradis fiscaux. Il est possible qu’il ait décelé, chez les Anglais ou les Américains, une réticence à sa proposition, bien qu’elle soit logique, rationnelle et indispensable. Fallait-il pour autant menacer de ne pas signer le communiqué final si elle n’y était pas inscrite ? N’était-il pas temps, pendant les délibérations d’hier, d’exercer des pressions aussi vives que discrètes sur M. Obama, pour autant qu’il fallût le faire changer d’avis ? Et, au cas où la proposition n’était pas retenue, fallait-il ajouter une crise diplomatique à une crise déjà assez préoccupante ?
Soyons lucides. Les propos de M. Sarkozy sur le G20 portaient moins sur les paradis fiscaux (et sur les propositoions tout à fait insuffisantes de la réunion) que sur son désir d’apparaître comme un homme à part, exceptionnel, et même complexe, proche ami de l’Amérique, mais ami qui ne ménage pas la superpuissance. Mercredi matin, M. Sarkozy, enfin, ne courait-il pas le risque d’être démenti moins de vingt-quatre heures plus tard si Barack Obama et Gordon Brown ne lui accordaient qu’une satisfaction de principe et si Angela Merkel (qui est de l’avis de M. Sarkozy) l’enjoignait de ne pas en faire un drame et de laisser le G20 afficher une sérénité apparente ? Seulement, le président n’est pas seulement courageux, il est aussi téméraire ; et il a fait un pari, celui d’obtenir satisfaction et de pouvoir triompher jeudi soir en affirmant : « On a fait ce que j’ai demandé ».
Ce qui est inquiétant, ce n’est pas que M. Sarkozy se livre à des calculs machiavéliques pour soigner son image, c’est qu’il ne sépare pas le contingent de l’essentiel. Survivre à une tempête n’est pas plus important que défendre l’intérêt général.
SARKOZY PREND LE RISQUE D’ÊTRE DÉSAVOUÉ LE LENDEMAIN POUR UN PROPOS DE LA VEILLE
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