G EORGE W. Bush n'a pas tardé a constitué son cabinet : cela fait une semaine qu'il en a désigné le 15e et dernier membre. Pour autant que des hommes politiques sont associés à une politique, on peut déjà dire que le président-élu s'est entouré d'hommes qui lui seront loyaux et appliqueront le programme conservateur qu'il a annoncé pendant sa campagne électorale.
Ce qui veut dire aussi que les nominations, qui doivent être entérinées par le Congrès, donneront lieu à de belles batailles parlementaires. M. Bush, en effet, n'a tenu aucun compte de sa défaite en termes de voix populaires (M. Gore l'a distancé, en définitive, de 500 000 voix) et des conditions quelque peu douteuses de sa victoire en Floride. En dehors du secrétaire aux Transports, Norman Mineta, qui est démocrate et a reconnu lui-même que les autoroutes ne sont ni républicaines ni démocrates, M. Bush a constitué un cabinet très conservateur dont les membres seront âprement contestés par la forte minorité démocrate au Sénat et à la Chambre.
Il ne reste à peu près rien, si l'on en juge par les choix du nouveau président, du « conservatisme compassionnel » qui a servi de slogan à sa campagne.
Avec Colin Powell aux Affaires étrangères et Donald Rumsfeld à la Défense, M. Bush dispose de deux hommes dont la compétence est indéniable mais qui s'efforceront de désengager les Etats-Unis d'un certain nombre de théâtres militaires et de mettre au point le système de défense antimissiles qui est la bête noire des Russes et des Européens. On peut donc s'attendre à des discussions diplomatiques plus orageuses entre l'Amérique et ses principaux interlocuteurs que du temps de Bill Clinton.
Le nouveau président est très attendu sur l'économie dont les signes d'essoufflement se multiplient. Il a obtenu du président de la Banque fédérale des réserves, Alan Greenspan, une baisse surprise de 0,50 % des taux d'intérêt qui a donné un coup de fouet, hélas éphémère, aux marchés des valeurs. M. Bush, qui ne manque pas une occasion de rappeler que l'économie américaine a commencé à fléchir avant qu'il n'entre en fonctions - ce qui est incontestable -, ne veut pas être victime du syndrome économique qui, en 1992, a coûté à son père la non-reconduction de son mandat. Dans sa plate-forme électorale, George W. Bush a proposé une énorme réduction des impôts, de l'ordre de 150 milliards de dollars par an pendant dix ans, alors que son rival, Al Gore, voulait consacrer la majeure partie des surplus budgétaires au remboursement de la dette nationale. La conjoncture justifie les projets de M. Bush car c'est dans les périodes d'affaiblissement économique qu'il faut relancer la machine en diminuant les impôts. Son programme sera donc mieux accueilli aujourd'hui qu'il ne l'était il y a six mois, quand l'économie américaine progressait de 4,8 % en moyenne annuelle.
En outre, il est évident que la baisse des taux d'intérêt ne suffit pas à relancer l'économie, comme en témoigne la propension de la bourse à plonger dans la déprime. Le problème, avec les réductions d'impôts, est qu'elles doivent être votées et que leur effet est lent à se faire sentir. Il n'est donc pas impossible que M. Bush envisage de réduire les prélèvements directs sur les feuilles de paie en attendant que ses dispositions soient adoptées par le Congrès.
Fait non négligeable, George W. Bush a choisi comme secrétaire à la Justice (attorney general) John Ashcroft qui risque de limiter le droit à l'avortement et comme secrétaire à l'Intérieur, Gale Norton, qui ne sera pas l'amie des écologistes. Sur ces deux nominations et sur celle de Linda Chavez au secrétariat au Travail, les parlementaires démocrates ont promis de faire connaître, lors des audiences du Congrès auxquelles sont soumis les ministres désignés, leur profond désaccord et de mener une bataille comparable à celle que les Républicains ont conduite contre certains membres du cabinet désignés par Bill Clinton et finalement récusés par les commissions parlementaires.
La constitution d'un gouvernement n'est jamais de tout repos aux Etats-Unis. Mais en l'occurrence, M. Bush a préféré prendre le risque d'indisposer l'opposition et de trahir, en quelque sorte, les promesses qu'il avait faites le mois dernier, pour avoir un cabinet bien à lui et désigné moins pour inventer une politique que pour appliquer celle qu'il a énoncée.
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