Suite à la communication fortement médiatisée du Pr Didier Raoult, infectiologue à Marseille, sur l’efficacité éventuelle de l’hydroxychloroquine dans le Covid-19, le Collège national des généralistes enseignants (CNGE) s’est penché sur la place de ce médicament en médecine générale, dans cette indication.
Ses conclusions sont sans ambiguïté : « compte tenu de l’absence de preuves scientifiques solides de l’efficacité de l’hydroxychloroquine et de ses effets indésirables cardiaques rares mais graves, le conseil scientifique du CNGE recommande aux généralistes de ne pas prescrire ce médicament en ambulatoire ». Cette prescription « serait contraire à l’éthique médicale car le risque (connu) est potentiellement supérieur à l’efficacité (non établie) dans une population ambulatoire qui guérira spontanément dans plus de 80 % des cas ».
Selon le Collège, les résultats produits par le Pr Raoult suggèrent, certes, que l’hydroxychloroquine « augmente significativement et fortement le taux de patients ayant une charge virale de Covid-19 négative au sixième jour et encouragent à poursuivre l’évaluation de ce médicament dans cette indication » mais ils souffrent « de nombreux et sérieux biais méthodologiques ». « L’urgence et l’étendue de la pandémie n’autorisent pas à s’affranchir totalement des principes fondamentaux et des exigences de la méthode des essais thérapeutiques. »
Même prudence du côté des académies de médecine et de pharmacie qui considèrent, dans un communiqué commun publié ce vendredi, que « la démonstration de l'efficacité clinique de l'hydroxychloroquine n'est pas faite à ce jour » et s’inquiètent des conséquences iatrogènes potentielles d’une consommation mal encadrée d’hydroxychloroquine (effets secondaires, interactions médicamenteuses, risque de rupture de stock pour les patients traités par ce médicament pour d’autre pathologie, etc.).
Une petite étude randomisée négative
Dans son analyse des données disponibles, le CNGE cite aussi « un essai randomisé de qualité moyenne ayant "échoué" à démontrer un bénéfice biologique ou clinique de l’hydroxychloroquine ». Passée plutôt inaperçue au moment de sa publication en ligne, cette petite étude chinoise a inclus 30 patients hospitalisés pour un Covid-19 confirmé par PCR. Ces patients ont bénéficié d’une prise en charge standard associée ou non à 400 mg/jour pendant 5 jours d’hydroxychloroquine. Comme dans l’étude Marseillaise, le critère de jugement primaire était biologique, à savoir la disparition de l’ARN viral dans les prélèvements naso pharyngés à J7. Aucune différence significative n’a été mise en évidence sur cet item.
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