Kosovo : les minorités en manque de soins

Publié le 08/01/2001
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D ES janvier 2001, la Mission des Nations unies au Kosovo (UNMIK) doit déléguer la responsabilité budgétaire et administrative des soins de santé primaires aux conseils municipaux nouvellement élus. « Idée démocratique, mais idée dangereuse », estime l'organisation humanitaire Médecins du Monde (MDM). Dans un rapport intitulé « Kosovo : minorités en danger », MDM s'inquiète des conséquences néfastes qu'une telle réorganisation pourrait avoir pour les minorités du Kosovo.

Les conseils municipaux sont presque toujours dépourvus de toute connaissance en management ou en santé publique. Ce qui est un handicap certain, et cependant mineur au regard d'une autre réalité : ces conseils sont totalement dominés par les Albanais au centre et au sud de la province et par les Serbes dans les trois municipalités du nord.
Si, après dix-huit mois d'administration UNMIK, la population albanaise a accès, dans sa grande majorité, à des soins de santé primaires et secondaires, « il en est autrement des populations serbe et tzigane », constate MDM. « Exclues de la vie publique, laissées pour compte par le système de santé officiel, persécutées, terrorisées », ces communautés vivent le plus souvent terrées dans des enclaves. L'inverse se produit dans les trois municipalités du nord, à majorité serbe, où les rares communautés albanaises encore présentes sont « persécutées et privées d'accès aux soins ».

Un risque de déstabilisation

Selon MDM, ces problèmes « risquent à terme de déstabiliser le Kosovo ».
Dans le contexte kosovar, l'absence d'accès aux soins « favorise » la création et la pérennisation d'enclaves. Le rapport de MDM décrit « les grandes difficultés » que rencontrent les membres des minorités pour voir un médecin, un spécialiste ou se faire hospitaliser. Des difficultés d'autant plus grandes qu'il n'existe pratiquement aucune structure de santé avec un personnel mixte (albanais et serbe). Tout contribue à rendre la structure de santé, tenue par une communauté, « peu accueillante » pour les membres des autres communautés : affiches écrites dans l'un ou l'autre langage, jamais traduites, posters de leaders nationalistes sur les murs, etc.
Particulièrement mal lotis, les Serbes du secteur albanais accèdent difficilement aux soins de santé secondaires. Seuls quatre établissements (l'hôpital de Nord Mitrovica, la maison de santé de Gracanica, l'hôpital de Médecins du Monde-Grèce et la maison de santé de Kosovo Polje) peuvent actuellement les accueillir. Pour atteindre ces hôpitaux, les Serbes doivent traverser des séries de villages albanais, « avec les risques que cela comporte ». Les plus grosses enclaves disposent d'un « ambulanta » (dispensaire), doté d'infirmières, plus rarement de médecins. La situation des Albanais en secteur serbe relève du même schéma.
Rejetée à la fois par les Serbes et les Albanais, la communauté tzigane se heurte à des discriminations constantes et vit dans la peur : peur d'aller seul à l'ambulanta ou à la maison de santé la plus proche où « les médecins refusent parfois de les soigner ». Les Tziganes sont souvent dépendants des ONG.
L'objectif affiché par la communauté internationale, permettre à tous les habitants du Kosovo de vivre en paix et dans des conditions normales, « n'est pas encore atteint », déplore l'organisation humanitaire, qui appelle la communauté internationale à « affronter avec lucidité le climat de violence frappant la province et la fragilisation accrue d'une société durablement éprouvée ».

Les ONG mises à contribution

En présentant la nouvelle loi de décentralisation de la gestion du système de santé, les autorités du Kosovo auraient signifié aux ONG qu'elles comptaient sur elles pour prendre en charge la couverture médicale des minorités. MDM considère, pour sa part, qu'il est « indispensable » de mettre en place des structures de santé adaptées (cliniques mobiles, transports sécurisés vers les centres de soins) à la situation d'extrême vulnérabilité des minorités. Des « local community officers » veilleront à ce que les conseils municipaux appliquent les directives du ministère de la Santé. MDM demande que ces instances bénéficient d'un pouvoir de sanction.

Anne-Marie GAUDIN

Source : lequotidiendumedecin.fr: 6830