L E « Lancet » publie dans son dernier numéro (6 janvier) une étude française sur les décisions de fin de vie (abstention ou suppression de traitement médical) dans les services de réanimation. Bien qu'elles aient été présentées en 1998 à la Société de réanimation en langue française(« le Quotidien » du 2 septembre 1998), les conclusions de l'enquête restent d'actualité.
« Cette étude souligne le dilemme dans lequel se trouvent fréquemment les médecins français, indique au « Lancet » l'un des coordonateurs de l'enquête, le Dr Edouard Ferrand (unité de réanimation de l'hôpital Henri-Mondor). Bien qu'ils soient quotidiennement confrontés à des décisions de fin de vie, à un taux relativement proche de leurs collègues anglo-saxons, leur pratique diffère sensiblement. Cela s'explique par l'absence de conduite officielle, législative ou professionnelle. » Depuis 1998, la seule avancée notable à ce sujet vient du Comité consultatif national d'éthique qui, dans un rapport sur la fin et l'arrêt de vie, mentionne les notions d'abstention ou de limitation de traitement médical (« le Quotidien » du 6 mars 2000).
L'étude porte sur 113 services de réanimation ; 53 % des décès constatés dans ces services étaient précédés d'une décision d'abstention ou d'arrêt de traitement.
Sur les 7 309 patients suivis, les traitements ont été interrompus pour 807 d'entre eux. Ces décisions de fin de vie ont été décidées, pour 40,5 % des cas, dans les deux jours après l'admission des malades dans les services en question, et pour 78,5 %, dans les dix premiers jours.
Le jour où la décision de limitation de traitement a été prise, 534 patients étaient mécaniquement ventilés, 351 recevaient des traitements sédatifs et 114 étaient dans un coma secondaire à une anoxie cérébrale. 73 % des malades avaient plus d'un organe atteint.
Parmi les 807 patients dont les traitements ont été arrêtés, 628 sont morts.
L'inutilité des soins ainsi que la dégradation de la qualité de vie étaient les raisons les plus fréquemment citées pour justifier les interruptions ou arrêts de traitements. Le problème du coût élevé des soins n'a été cité que dans 5 % des cas.
La décision de fin de vie a été prise, pour 93 malades, par un médecin seul (12 %). Dans 34 % des cas, c'est seulement l'équipe médicale qui en a fait le choix. Enfin, dans 54 % des cas, l'équipe paramédicale y a été associée. 11 % de ces décisions ont été prises par l'équipe de nuit et 2 % par un médecin qui n'était pas membre de l'équipe permanente.
Le rôle de la famille
La famille était informée et impliquée dans la prise de décision dans 44 % des cas, voire uniquement informée (13 %). Pour 114 patients (15 %), les membres de la famille n'étaient pas joignables. Seulement 42 % des décisions d'arrêt de traitement ont été notées dans le dossier médical du patient.
La volonté du malade d'écourter sa fin de vie était connue pour 65 d'entre eux. 588 patients ont été jugés incapables d'exprimer leur vœux et seulement trois patients ont été impliqués dans la décision d'interrompre les traitements.
« L'absence de reconnaissance, dans la loi française, du pouvoir légal de la famille de se substituer au patient reste la principale entrave à l'implication des proches dans la démarche décisionnelle, indique le Dr Edouard Ferrand. Ce manque conduit les médecins à prendre eux-mêmes les décisions de fin de vie. »
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