Quelle qualification pour accéder aux fonctions de biologiste ?

Le DES de biologie n’est pas le seul sésame, plaide le monde hospitalo-universitaire

Publié le 18/03/2013
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Crédit photo : S TOUBON

À L’IMAGE de toute la réforme de la biologie médicale, son article 6 connaît un destin chaotique.

L’ordonnance Ballereau de 2010 avait fait du DES de biologie médicale l’unique sésame pour accéder aux fonctions de biologiste médical. L’article 6 de la réforme prévoyait une dérogation pour les médecins ou pharmaciens non titulaires d’un DES de biologie médicale. À certaines conditions néanmoins : ils doivent être recrutés dans une discipline biologique ou mixte et justifier d’un exercice de 3 ans dans un laboratoire de biologie.

Mais le 31 janvier 2013, les sénateurs ont voté la suppression de cet article malgré l’avis défavorable de la ministre de la Santé. Une catastrophe aux yeux du monde hospitalo-universitaire : les conférences des doyens, des présidents de commission médicale d’établissement, et des directeurs généraux, les présidents des collèges hospitalo-universitaires et des sections et sous sections du Conseil national des universités (CNU), les chefs de pôles de biologie, le syndicat national des médecins biologistes de CHU (SNMBCHU) et même le président de la commission ordinale de qualification, ont fait savoir leur désaccord.

La recherche en question.

La raison ? Les candidats titulaires d’un DES de biologie médicale sont en nombre insuffisant pour remplir les postes de maître de conférence (MCU-PH) et de professeur des universités (PU-PH). « On recrute chaque année 90 hospitalo-universitaires : au maximum 40 ont un DES de biologie. Les autres médecins ont un DES clinique et une expérience d’assistanat en biologie de 3 ou 4 ans », explique le Pr Jean-Louis Guéant, président du collège national hospitalo-universitaire de biochimie-biologie moléculaire.

Le Pr Jérôme Étienne, président de la section Bactériologie-virologie du CNU partage ce constat : « 20 % des candidats n’ont pas un DES de biologie médicale, que nous privilégions pourtant. Qu’auraient fait ces villes sans eux ? S’ils ne sont pas nommés, les postes sont perdus pour la biologie ».

« Tous les titulaires d’un DES de biologie médicale ne sont pas attirés par la carrière hospitalo-universitaire, qui implique d’obtenir un master 2 de recherche, de faire une thèse, et d’effectuer un an de mobilité à l’étranger », explique le Pr Guéant. Seul un quart des internes en biologie s’orienterait vers la recherche.

Excellence hospitalière.

Malgré les difficultés de recrutement, il n’y a aucune nomination de complaisance, assurent les hospitaliers, qui revendiquent la richesse d’une double compétence clinique et biologique. « En tant que créateur d’un centre de référence des maladies rares du métabolisme, j’estime que la compétence en pédiatrie, pour le diagnostic, est essentielle, couplée à une compétence dans le métabolisme » défend le Pr Guéant.

L’excellence de l’hôpital, avec ses 3 piliers, recherche, enseignement, et soin, est en jeu. « Le DES de biologie médicale est polyvalent, et il reste la règle. Mais il est important qu’à l’hôpital, nous proposions aussi des spécialités très pointues et les enseignements qui vont avec » souligne le Pr Étienne.

Le Pr Hervé Puy, président de la commission nationale ordinale de qualification en biologie dénonce enfin des débats tronqués au Sénat, qui auraient abouti à la suppression de l’article 6. « Alain Milon a mis en avant l’existence de la commission ordinale pour expliquer que des voies dérogatoires étaient déjà prévues. C’est faux. Cette commission se prononce sur des validations d’acquis d’expérience pour des démarches polyvalentes. Cela concerne essentiellement des médecins à diplôme étranger », corrige-t-il.

 COLINE GARRÉ

Source : Le Quotidien du Médecin: 9227