Près de 5 millions de personnes auront plus de 85 ans en 2050 (trois plus qu'aujourd'hui). Plus de deux millions seront en perte d'autonomie à cette même date. Et nul ne peut se sentir non concerné : sur dix personnes qui décèdent en France, quatre ont connu la perte d'autonomie, dont deux de façon sévère.
Pour l'économiste de la santé Pierre-Yves Geoffard, la réponse aux défis du vieillissement passe par davantage de coopération à tous les étages entre les acteurs (ville, hôpital, médico-social, secteur de l'aide à domicile). Or, le système français freine cette transversalité car il reste construit en silo, « historiquement curatif et trop centré sur le médecin et l'hôpital », a-t-il expliqué lors d'une conférence organisée par la Chaire « Transitions démographiques, transitions économiques ». Le « système de financement complètement archaïque » favorise ce cloisonnement, analyse l'expert. Le paiement prédominant à l'acte ou à l'activité bride les coopérations et aboutit à des dérives. « Des personnes dorment à l'hôpital alors qu'elles n'ont rien à y faire », peste-t-il.
Le premier lieu de soin sera le domicile
« Il faut faire exploser les murs de l'hôpital », renchérit Cédric Arcos, directeur général adjoint du conseil régional d'Île-de-France, expert des questions de santé. « Demain, le premier lieu de soin sera le domicile », prophétise-t-il. Déjà, près de 4 millions de personnes apportent une aide régulière à un proche de 60 ans ou plus vivant à domicile. Pour lui, les régions auront un rôle majeur à jouer dans la gouvernance des coopérations entre acteurs. À condition de « faire de la santé un élément à part entière de la politique régionale », ce qui n'est pas le cas aujourd'hui.
Ce constat est partagé par Nathalie Fourcade, secrétaire générale du Haut conseil pour l'avenir de l'assurance-maladie (HCAAM), qui milite pour le « renforcement des structures de soins de proximité ». Cela permettra non seulement de « fixer les professionnels sur le territoire » mais aussi de « réduire le nombre d'hospitalisations évitables », souvent responsables d'une perte d'autonomie.
Le monde d'avant
Pour Marie-Anne Montchamp, présidente de la Caisse nationale de solidarité pour l'autonomie (CNSA), « on est resté au monde d'avant ». Lors d'un débat organisé par l'Association des journalistes de l'information sociale (AJIS), elle a appelé de ses vœux un « changement de modèle », en mobilisant tous les leviers : soin, accompagnement, logements, présence auprès de la personne âgée. « Le rapport (remis fin mars par Dominique Libault) reste sur un modèle binaire, soin et accompagnement, cela ne suffira pas. Il faut soutenir le secteur de l'aide à domicile, qui est dans une grande fragilité ». Le rapport Libault préconise de créer 80 000 postes dans les EHPAD d'ici à 2024 mais ne chiffre pas les besoins à domicile.
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