S UR les quatre années, de 1995 à 1998, les honoraires individuels des médecins libéraux (qui ne correspondent pas au « revenu » des praticiens en raison des charges) ont augmenté en moyenne de 2 % par an en francs courants. Mais cette hausse globale, identique pour les généralistes et pour les spécialistes, recouvre des évolutions très disparates, selon les disciplines ou l'âge, et donc une « très grande variabilité des situations individuelles ».
D'après une étude de la CNAM (1), 10 % des médecins libéraux ont vu leurs honoraires augmenter de moitié (+ 47 % exactement) entre 1995 et 1998, alors que, sur la même période, un autre dixième des médecins voyaient leurs honoraires chuter de 21 %. C'est parmi les spécialités que les contrastes sont les plus marqués. Si 12 % des spécialistes libéraux seulement ont vu leurs honoraires baisser de plus de 3,8 % par an entre 1995 et 1998, cette « fourchette » préoccupante concerne 24 % des néphrologues, 22 % des anesthésistes, 21 % des anatomocytopathologistes ou encore 20 % des chirurgiens, mais à peine 6 % des ophtalmologues et des endocrinologues. A l'inverse, la fourchette de croissance la plus élevée de l'étude (hausse annuelle des honoraires de plus de 9,1 %, qui concerne 11 % des spécialistes et 9 % des généralistes) rassemble 20 % des endocrinologues, 19 % des neurologues et 17 % des radiologues.
L'âge charnière
L'âge apparaît comme un facteur déterminant l'évolution annuelle des honoraires médicaux. « Le taux de croissance des honoraires des jeunes médecins est très soutenu du fait de la montée en charge de leur activité, tandis que les médecins les plus âgés réduisent leur activité, et par là même leurs honoraires, à partir de 55 ans », souligne l'étude. Plus précisément, entre 1988 et 1998, les honoraires des médecins libéraux de la première tranche d'âge considérée (35-39 ans) ont augmenté à un rythme très élevé : autour de 8 % par an pour les jeunes généralistes, 9 % par an pour les spécialistes. Pour les tranches d'âge suivantes, les taux de croissance annuels diminuent tout en restant positifs jusqu'à 55 ans (de 1 à 5 %). En fin de carrière, à partir de cet âge charnière qualifié par l'étude de « point d'inflexion », l'évolution des honoraires perçus par les praticiens libéraux devient alors négative, un mouvement qui s'amplifie « pour les médecins plus âgés ». Ce qui fait dire aux auteurs de l'étude que « ceux qui s'appauvrissent le plus sont les mieux pourvus, ceux qui s'enrichissent le plus sont les moins pourvus ».
(1) « Disparités dans les évolutions des honoraires médicaux ». Point stat n° 30 (décembre 2000).
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