Réforme de la biologie médicale

Les hospitaliers s’engagent dans l’accréditation non sans heurts

Publié le 13/06/2012
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AVEC la médicalisation, l’accréditation est le principal bouleversement introduit par la réforme de la biologie médicale. Les laboratoires devront être complètement accrédités au 1er novembre 2016 - voire 2018 si les parlementaires s’en tiennent à la dernière version de la proposition de loi. Dès 2013, ils devront fournir la preuve d’entrée dans le processus.

Quelles sont les risques, les menaces ? Au récent salon Hôpital Expo, les risques de « financiarisation » des laboratoires ou de destruction de l’offre de proximité, souvent redoutés par les cabinets libéraux, ont été très peu évoqués. En revanche, la difficulté de cette accréditation à marche forcée serait plutôt de respecter les délais. « De nombreux centres hospitaliers sont en difficulté par rapport aux dates », confirme le Dr Françoise Cotty, présidente du syndicat nationale des biologistes hospitaliers (SNBH). « On ne peut pas changer la loi par un arrêté, mais on peut changer la hauteur de la marche », concède le Dr Anne-Marie Gallot, médecin inspecteur général de santé publique. Quelque 195 laboratoires de biologie médicale seraient à ce jour accrédités.

Regrouper pour mieux régner.

Plusieurs acteurs mettent la main à la pâte de l’accréditation. À commencer par le Comité français d’accréditation (COFRAC), seul organisme à livrer le précieux sésame. « Nous vous proposons des documents utiles pour vous aider » lance Hélène Mehay, référant COFRAC. « L’idée, c’est que nous vous comprenions », insiste-t-elle, tentant de dédiaboliser l’organisme. Selon elle, l’évaluation, réalisée par des biologistes, doit être envisagée comme un échange, aboutissant à un plan d’action pour les laboratoires. Que ceux-là se rassurent : seuls 10 % des audits décèlent des écarts critiques par rapport aux normes.

Les Agences régionales de santé (ARS) sont, elles, chargées d’orchestrer la réorganisation des laboratoires, en conciliant proximité et efficience. « Il ne faut pas mettre la charrue avant les bœufs : la restructuration du maillage doit précéder l’accréditation », alerte le Dr Claude Grasmick, président de la commission médicale d’établissement du CH de Cahors. L’idée est simple : « Accréditer par groupe et non par site allège le coût ». Selon ses calculs, des coopérations territoriales, de type groupements de coopération sanitaire, économiseraient 5 millions d’euros chaque année.

Impliquer les personnels.

« Mais pour débloquer la situation, il manque un catalyseur », nuance le Dr Grasmick. Ce catalyseur de l’accréditation peut être le recours à des consultants extérieurs. L’hôpital Robert Debré (AP-HP) en a fait l’expérience. Dès 2007 s’est créé un comité qualité, puis des groupes transversaux sur l’accréditation. Mais non pilotées, les missions sont restées au point mort jusqu’à ce que l’hôpital fasse appel au cabinet Alain Cœur. « Cette stagnation avait démotivé le personnel, qui y avait pourtant consacré beaucoup de temps », témoigne le Dr Béatrice Saposnik, responsable qualité au CHU Robert Debré. « Aujourd’hui, nous en sommes déjà à l’accompagnement à l’accréditation partielle après une première phase de diagnostic », se réjouit-elle. La clef du succès : l’engagement des personnels. « Si le chef de pôle n’est pas présent dès les premières réunions, nous savons que c’est mauvais signe », lance Alain Cœur, directeur du cabinet.

 COLINE GARRÉ

Source : Le Quotidien du Médecin: 9141