Maladie de Parkinson

L’essai Fair ParkII

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Publié le 20/06/2016
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Crédit photo : PHANIE

Au début du XXe siècle, la maladie de Parkinson a été décrite comme étant en partie liée à la dégénérescence de la substance noire et à la surcharge en fer de ses neurones dopaminergiques. Oubliée pendant des décennies, cette description a été remise au goût du jour lorsqu'une équipe de chercheurs a montré l'existence d'un lien entre surcharge en fer, dysfonctionnement mitochondrial et mort neuronale. En effet, la mitochondriopathie conduit à une détresse énergétique et à un excès de stress oxydant le fer mitochondrial, lequel devient libre et hautement toxique en induisant la mort neuronale. Ce fer oxydé est également inutilisable pour le métabolisme énergétique, ce qui aggrave le déficit énergétique. Or celui-ci stimule l’importation cellulaire et mitochondriale de fer, conduisant à un véritable cercle vicieux d’aggravation du stress oxydant et de la mort neuronale dépendante du fer.

« Depuis, notre équipe s'est mise en quête d'un traitement capable de retirer cet excès de fer, sans pour autant entraîner d’anémie. Nous avons opté pour un chélateur de fer déjà sur le marché : la défériprone (qui passe bien la barrière hémato-encéphalique) indiqué à des doses beaucoup plus fortes chez les enfants atteints d'une ß-thalassémie. Grâce à des études préliminaires sur des neurones en culture, puis sur des souris et enfin, auprès d'une petite série de 40 patients, nous avons montré qu'il était possible de redistribuer le fer présent au niveau de la substance noire vers d'autres zones du corps où il est utile et ce, sans provoquer de carence en fer ou d'anémie. Avantage de ce traitement neuroprotecteur : hormis une rare leucopénie (dans 0,8 % des cas) régressive à l'arrêt du traitement mais nécessitant une surveillance hebdomadaire de la NFS pendant six mois, sa tolérance est bonne », rappelle le Pr Devos. 

Dans huit pays d'Europe

Un financement de l'Europe de six millions d'euros a pu être obtenu (Horizon 2020 N°633 190) afin de lancer cette étude européenne qui va impliquer huit pays - l'Angleterre, l'Allemagne, l'Espagne, le Portugal, la République Tchèque, l'Autriche, les Pays-Bas et la France - vingt-quatre centres (dont huit Français faisant tous partie du réseau français NS-Park/FCRIN de recherche clinique sur la maladie de Parkinson : Lille, Paris, Bordeaux, Toulouse, Marseille, Lyon, Strasbourg et Clermont Ferrand). Au total, 338 patients seront inclus. « Pour espérer protéger leurs neurones, il faut prendre en charge nos patients le plus tôt possible et c'est pourquoi vont être inclus uniquement des patients dont l'évolution est inférieure à 18 mois, sans aucun traitement et peu gênés par leurs symptômes car l'étude va durer dix mois (neuf mois de traitement et un mois d’évaluation post-traitement). En effet, au moment du diagnostic, environ 50 % des neurones dopaminergiques ont déjà disparu ! Nous souhaitons vérifier si ce traitement permet de les améliorer au plan moteur et surtout de ralentir la progression de la maladie. Les inclusions viennent de débuter pour deux ans. En parallèle, des études de phase II vont être lancées par le laboratoire Apopharma pour tenter de déterminer la dose optimale chez des patients ayant jusqu'à trois ans d'évolution de leur maladie de Parkinson. L'objectif final est d’enregistrer le médicament dans cinq ans. Nous souhaitons enfin développer cette stratégie thérapeutique de la neuroprotection dans la maladie de Charcot et dans la maladie d'Alzheimer », conclut le Pr Devos.  

D’après un entretien avec le Pr David Devos, à propos de l'étude FAIR-PARK II coordonnée par le CHU de Lille avec les Pr Bordet, Defebvre et Deplanque, et les Dr Moreau, Ouk et Devedjian avec l’aide notamment de Mmes Guyon, Thibault et Niset.

Plus d'informations : http://fairpark2.eu.

Dr Nathalie Szapiro

Source : Bilan Spécialiste