L ES interventions mettant fin à la vie de nouveau-nés, généralement grands prématurés, « à très grand risque de handicaps sévères », sont pratiquées en France par des soignants qui assument cette responsabilité, révèle une enquête nationale, la première sur le sujet. Publiée dans la revue « Médecine, thérapeutique, pédiatrie », l'étude ne permet pas d'évaluer la fréquence de ces interventions, mais elle « montre que l'euthanasie active existe », commente l'une de ses coordinatrices, Micheline Garel, de l'INSERM.
Selon cette étude, conduite en 1996 dans 17 unités de réanimation néonatale, « la plupart des médecins ont rapporté qu'ils avaient déjà décidé, seuls ou avec d'autres, de limiter l'intensité des soins et de laisser la nature suivre son cours, même si cela devait aboutir au décès du patient - en cas d'affection fatale (85 %) ou de pronostic neurologique particulièrement sévère (85 %) ».
L'hémorragie cérébrale ou l'asphyxie au moment de l'accouchement, cause de lésions cérébrales irréversibles, sont les cas qui posent le plus fréquemment « un problème éthique ». Il s'agit essentiellement de décider de poursuivre ou non les soins intensifs (76 %).
Dans les dernières situations auxquelles les médecins ont été confrontés, « la décision, dans presque la moitié des cas, a été d'administrer des drogues afin de mettre un terme à la vie de l'enfant », indique l'étude. L'extrême prématurité et des malformations congénitales multiples sont souvent citées dans le cadre de ces décisions.
D'après Micheline Garel, « chaque année, quelque 9 000 grands prématurés naissent en France, dont 7 000 sont pris en charge dans les centres de réanimation, les autres sont mort-nés ou ne survivent pas au transfert ». Dans 78 % des cas, la décision a été « partagée par au moins deux membres de l'équipe », montre l'étude. Mais elle peut aussi avoir été individuelle « faute de temps » (9 % des cas) ou « parce qu'on n'a pas l'habitude de partager ces décisions » (4 %). Les parents sont rarement associés à la décision (6 %). « D'après l'équipe soignante, pour leur éviter la culpabilité ou parce qu'ils ne sont pas en état de décider », explique la chercheuse. Elle fait également remarquer que près de la moitié des soignants se prononce contre une modification de la loi interdisant l'euthanasie.
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