Maladie de Creutzfeld-Jakob : mobilisation générale

Publié le 03/01/2001
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C'est en combinant un certain nombre de données telles que l'âge de l'animal, la nature des tissus consommés, l'exposition au risque de contamination des bovins, le nombre de cas dans les pays dont sont originaires les animaux, que les experts du Comité scientifique directeur européen ont fait une évaluation du risque de contamination des consommateurs et ont pu classer les Etats de l'Union en juin 2000. La situation britannique semble exceptionnelle en termes d'exposition directe ou indirecte des consommateurs. La Grande-Bretagne est le pays où le plus grand nombre de bovins a été touché (184 000 en dix ans) et où les troupeaux n'ont pas été abattus. C'est aussi le pays où le plus grand nombre de cas humains de nvMCJ a été observé.

Risque de contamination et épidémie en Grande-Bretagne

Une unité de surveillance de la MCJ et des ses nouveaux variants (nvMCJ) a été mise en place en 1990 en Grande-Bretagne. En 1995, 3 cas de décès liés à la nvMCJ étaient recensés, 10 en 1996, 10 en 97, 17 en 98 et une cinquantaine en 1999. Au total, 80 décès ont été enregistrés depuis le début de l'épidémie.
Le système national de surveillance de la maladie de Creutzfeldt-Jakob (MCJ) et l'enregistrement des décès associés à cette maladie en Grande-Bretagne semblent fiables, comme en témoigne l'analyse réalisée dans le cadre du programme national de surveillance publiée dans le « BMJ » (« British Medical Journal », vol. 320, 15 janvier 2000, pp. 45-147). Cette étude épidémiologique réalisée par l'équipe de A. Majeed montre que l'augmentation des décès n'est pas liée à un meilleur diagnostic, mais à une augmentation réelle du nombre de cas.

De l'incubation à la neuro-invasion

La neuro-invasion par la protéine prion PRPc a lieu après une longue incubation silencieuse. Le PRPSC serait le constituant majeur de l'agent infectieux. Chez l'individu sain, cette protéine existe sous forme non pathologique à la surface des cellules et est présente dans tous les tissus, mais de manière préférentielle dans le cerveau. La fonction biologique de la protéine prion normale n'est pas encore tout à fait élucidée. Les travaux récemment publiés (« Science », septembre 2000) par une équipe française (Sophie Mouillet-Richard et Odile Kellermann, Institut Pasteur ,Paris, et Jean-Marie Launay, hôpital Lariboisiere) montrent qu'il pourrait s'agir d'une protéine de transduction du signal. En utilisant un modèle murin, ces chercheurs ont montré que la fixation d'anticorps spécifiques au prion PrPc déclenchait l'activation d'une tyrosine kinase dite Fyn capable de stimuler des événements intracellulaires multiples entraînant par exemple la modification de la sensibilité d'une cellule à d'autres stimuli. Cette voie de signal Fyn déclenchée par PrPc surviendrait uniquement dans les neurones complètement différenciés, principalement au niveau des neurites. On peut alors imaginer que le prion normal ait un rôle de « réglage de précision » des fonctions neuronales au niveau cellulaire. Il est probable aussi qu'il existe différents signaux extracellulaires susceptibles de déclencher l'activation de cette protéine, signaux qui restent à découvrir.
De nombreuses expériences ont montré que l'expression du gène PRP est une condition indispensable à la réplication et à la propagation de l'agent infectieux.
Le passage d'une conformation normale à une conformation anormale de la protéine prion peut être spontané, favorisé par des prédispositions génétiques ou induit par l'introduction accidentelle de prions dans l'organisme. Reste cependant à savoir par quels mécanismes s'opèrent cette transformation pour parvenir à des solutions thérapeutiques et à comprendre la spécificité de la maladie à prions dans chaque espèce.
Les cellules dendritiques folliculaires de la rate sont indispensables à l'accumulation des prions à l'infectivité de la rate et contribue à la neuro-invasion. Chez la souris, l'administration d'un récepteur soluble (Ig-RLT-bêta) pour la lymphotoxine bêta provoquant la disparition rapide des cellules dendritiques folliculaires mûres dans la rate semblerait capable de retarder l'invasion du système nerveux central (« Science » mai 2000) et confirmerait le rôle central du système lympho-réticulaire dès la phase précoce de la maladie.

Les dernières recommandations
de l'AFSSAPS

De nouvelles recommandations viennent d'être publiées par seize experts indépendants, biologistes, médecins et épidémiologistes,
réunis à l'initiative de l'Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (AFSSAPS). Ils ont insisté sur « l'absolue nécessité de la mise en place d'une campagne visant à promouvoir le strict respect des indications des produits sanguins labiles et des médicaments dérivés du sang ».
Une des précautions recommandées est la déleucocytation ; jusqu'ici appliquée aux concentrés globulaires et plaquettaires, elle le sera également pour l'ensemble du plasma produit en France à partir de mars ou avril 2001.
Par ailleurs, les experts français ont estimé, sur la base d'une hypothèse de calcul la plus pessimiste, que 6 à 300 personnes pourraient déclarer la maladie en France, dans les soixante prochaines années.

Dr Caroline MARTINEAU

Source : lequotidiendumedecin.fr: 6828