Nutrition : le public découragé par des recommandations contradictoires

Publié le 08/01/2001
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De notre correspondant

L' ETUDE a été réalisée par le Fred Hutchinson Cancer Research Center de Seattle (Etat de Washington) ; elle porte sur 1 751 adultes de l'Etat à qui on a demandé de définir leurs habitudes alimentaires et leurs comportements face aux conseils de diététique.

Parmi les résultats de l'étude, les plus importants sont les suivants :
 Plus de 40 % des personnes interrogées déclarent qu'elles sont fatiguées par les informations qu'elles reçoivent sur ce qu'il faut ou ne faut pas manger.
• Près de 40 % estiment qu'il faut prendre les recommandations nutritionnelles avec un « brin de scepticisme »
 25 % pensent que les régimes alimentaires fondés sur la réduction des matières grasses privent du plaisir de manger.
 70 % des personnes interrogées estiment que ce n'est pas au gouvernement de dire à ses administrés ce qu'ils doivent manger.
L'étude montre par ailleurs que ce sont les plus sceptiques qui absorbent le plus de matières grasses. Les chercheurs du Fred Hutchinson Center ont en effet établi une « échelle du scepticisme » ; ceux qui se trouvent en haut de l'échelle sont aussi ceux qui consomment le plus de matières grasses. En général, il s'agit soit de personnes jeunes (18-35 ans), soit de personnes âgées (plus de 60 ans).
Selon le Dr Ruth Paterson, qui a dirigé l'étude, les Américains tirent en moyenne 34 % de leurs calories des matières grasses, alors que le gouvernement préconise de ne pas dépasser le taux de 30 %.
« Je comprends parfaitement la perplexité des Américains, déclare au « Quotidien », le Dr Linda Van Horn, professeur de médecine préventive, qui n'a pas participé à l'étude. Je comprends qu'ils soient plongés dans la confusion la plus extrême par la multiplicité des messages contradictoires qui leur sont adressés au fur et à mesure que la recherche médicale publie des études ou des enquêtes qui affirment tout et le contraire de tout. Il apparaît de plus en plus aux Américains qu'il n'y a pas de vérité ultime ou de réponse claire à la question : qu'est-ce que je dois manger ? »
Pour sa part, le Dr Paterson craint que la confusion du public au sujet des choix diététiques ne contribue davantage encore à l'augmentation de prise de poids, dans une population qui compte déjà entre un quart et un tiers d'obèses. Le Dr Paterson dénonce la restauration commerciale qui met davantage l'accent sur la saveur de la nourriture qu'elle propose que sur ses qualités nutritionnelles.
Cependant, 90 % des personnes interrogées dans le cadre de l'étude estiment que la médecine traditionnelle finira pas établir des recommandations fixes et confirmées sur le type de régime qu'il faut adopter. Elles font confiance aux chercheurs pour prolonger leur existence et insistent sur la nécessité d'indiquer au moyen d'un étiquetage précis la composition des aliments, et notamment leur teneur en matières grasses.

Laurent SILBERT

Source : lequotidiendumedecin.fr: 6830