Paludisme : vers des modèles d'anophèles non vecteurs de la maladie

Publié le 03/01/2001
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L 'UNE des difficultés de l'étude du paludisme tient à la complexité du génome du vecteur de cette affection, l'anophèle. C'est pour cette raison que des chercheurs américains ont imaginé développer le plasmodium chez la mouche drosophile dont le génome a été intégralement décodé. Dans un premier temps, l'équipe du Dr Schneider (National Institute for Health) a tenté d'infecter des drosophiles à l'aide de Plasmodium gallinaceum, le parasite qui provoque le paludisme chez les poulets et dont la structure est très proche de celle de Plasmidium falciparum. Après avoir échoué dans cette première tentative, les chercheurs ont injecté directement des ookinètes dans la paroi de l'estomac de mouches. Les ookinètes se sont alors développés en oocystes, puis en sporozoïtes, forme infectieuse pour l'homme, dans des délais comparables à ceux observés chez les moustiques.

L'équipe du Dr Schneider a aussi observé que la réponse immunitaire cellulaire chez la mouche peut inhiber le développement du plasmodium. Pour les investigateurs, la drosophile peut donc être utilisée à la place du moustique, dans l'étude d'une phase du cycle sexué du parasite et les interactions insecte-plasmodium. De nouvelles recherches devraient rapidement suivre, puisque le séquençage complet de la drosophile est maintenant connu et que l'on peut créer des drosophiles knock-out pour un gène inactivé. L'analyse des drosophiles mutantes infectées par du plasmodium devrait permettre de mieux comprendre les facteurs biologiques requis pour le développement et la survie du plasmodium.

Des anophèles non vecteurs

Parmi les autres voies envisagées pour lutter contre le paludisme, des équipes de chercheurs ont imaginé créer une nouvelle famille d'anophèles non vecteurs de la maladie. Les investigateurs fondent ce travail sur l'idée que des souches de moustiques génétiquement modifiés introduits dans l'environnement pourraient se substituer aux souches sauvages.
Le principe de la transformation génétique des insectes repose sur la micro-injection de plasmides - petits morceaux d'ADN circulaire double brin - dans les œufs des espèces concernées.
L'équipe internationale de chercheurs en infectiologie (Grande-Bretagne, Allemagne, Grèce) a, dans un premier temps, recueilli des œufs d'anophèles et les a placés dans une solution contenant un produit retardant leur solidification. Cette phase de manipulations a permis l'introduction de l'ADN dans les œufs au moment de l'éclosion. Les plasmides utilisés, issus de cellules bactériennes, contiennent des séquences mobiles d'ADN appelées « gènes sauteurs » ou « éléments transposables ».

Expression chez 50 % des larves

Ces éléments qui s'insèrent à l'intérieur des chromosomes du moustique en se disposant au hasard peuvent trouver place au niveau des gènes déterminant des cellules germinales (spermatozoïdes ou ovules). Les descendants de ces insectes sont, dans ce cas, génétiquement modifiés. Placées dans un environnement adéquat, environ 50 % des larves pondues ont exprimé transitoirement le gène transposé marqué et 10 % d'entre elles ont survécu. Si ces premiers essais ont eu lieu avec des Anopheles stephensi, de nouvelles recherches devraient maintenant avoir lieu avec le plus important des vecteurs du paludisme chez l'homme, Anopheles gambiae. Mais avant l'introduction dans l'environnement d'un moustique transgénique, on conçoit que cette pratique devra être évaluée soigneusement.

D'après une étude publiée dans « Nature », vol. 405, 22 juin 2000. pp. 959-961 (et éditorial pp. 900-901).

Dr Isabelle CATALA

Source : lequotidiendumedecin.fr: 6828