«N OUS venons de franchir un pas décisif pour la médecine générale. » Le projet de suppression du concours de l'internat devrait être discuté aujourd'hui ou demain par les députés, et Alexander Grimaud, président de l'Intersyndicale nationale autonome des résidents (ISNAR), ne boude pas son plaisir, de même que la grande majorité des organisations professionnelles et des syndicats. Il faut dire que l'examen de cette mesure se faisait attendre.
Promise par Lionel Jospin lors des états généraux de la santé en juin 1999, cette réforme était en souffrance depuis plusieurs mois sur le bureau de l'Assemblée nationale. « Nous étions très inquiets du retard. Nos efforts ont été récompensés », commente Michel Chassang, président de l'UNOF (Union nationale des omnipraticiens français qui rassemble les généralistes de la CSMF). A la fin de décembre, plusieurs syndicats professionnels (MG-France, UNOF, l'Intersyndicale nationale autonome des résidents, le Syndicat national des jeunes médecins généralistes et l'Association nationale des étudiants en médecine de France) s'étaient d'ailleurs réunis à l'appel du Collège national des généralistes enseignants (CNGE) pour demander que soit votée, « sans tarder, la modification législative nécessaire à l'introduction du nouvel internat. »
D'où leur satisfaction d'avoir été entendus. « Nous réclamons depuis vingt ans cette réforme qui fera enfin de la médecine générale une spécialité autonome, rappelle Michel Chassang. C'est aussi une porte ouverte au fameux C = CS (à formation équivalente, rémunération équivalente). »
Pour les signataires, le vote de ce projet est d'autant plus urgent que la mise en place des modifications apportées au programme de deuxième cycle entrera en vigueur dès la prochaine rentrée. « Or, on ne peut changer les règles du jeu en cours de partie. Les étudiants qui entrent en second cycle l'année prochaine doivent connaître les modalités de sortie de leur cursus », affirme le Syndicat des jeunes médecins généralistes (SNJMG).
Inquiétudes des futurs spécialistes
Beaucoup de questions restent toutefois en suspens. « Le texte présenté à l'Assemblée est une coquille vide », commente Florent Perin-Dureau, nouveau président de l'Intersyndicat national des internes des hôpitaux des villes de faculté (futurs spécialistes) qui se montre nettement plus réservé sur l'importance du pas franchi et sur l'avenir. « C'est un projet qui casse le cadre actuel de l'internat. Mais qu'y a-t-il derrière ? Quelles vont être les conditions précises d'évaluation et de classement des étudiants ? Nous n'avons aucune assurance dans ce domaine. S'il s'agit de ramener vers le bas le niveau de l'internat, nous le disons, nous sommes contre.Car tout le monde y perdra, les malades et les praticiens eux-mêmes », prévient-il.
Pour leur part, les carabins souhaitent par exemple qu'une deuxième chance soit offerte aux étudiants. Autrement dit, « la possibilité pour les étudiants de repasser l'examen l'année suivante afin de se réorienter vers une filière plus en adéquation avec leurs ambitions professionnelles ». Jusqu'à présent, les carabins avaient en effet deux chances puisqu'ils pouvaient présenter le concours à la fois dans la zone sud et dans la zone nord. La réforme prévoit de supprimer ces deux zones et ils n'auront donc plus qu'une chance. Une contrainte qui risque de les obliger, s'ils figurent parmi les derniers du classement, à prendre une discipline pour laquelle ils n'ont aucune attirance. D'où la revendication d'une deuxième chance, idée à laquelle les doyens ne semblent pas vraiment favorables pour le moment. Mais Jacques Roland, président de la Conférence des doyens de faculté, se montre serein : « Nous allons à présent poursuivre la discussion sur ce terrain entre les professionnels, le gouvernement et les syndicats et trouver des solutions qui satisfassent tout le monde ».
Jean-François Mattei : « C'est une mesurette... »
D ANS un entretien avec « le Quotidien », Jean-François Mattei, président du groupe DL à l'Assemblée nationale, qualifie de « mesurette » le projet de loi sur l'internat du gouvernement et ne cache pas son intention de ne pas soutenir ce projet.
LE QUOTIDIEN - Dans le projet de modernisation sociale figure le remplacement, en 2004, du concours de l'internat par un examen national classant. Que pensez-vous de ce projet ?
Pr JEAN-FRANÇOIS MATTEI - Comme vous le savez, j'ai été l'auteur d'un rapport en 1996 ayant pour objet une réforme d'ensemble des études médicales. Mais ce rapport a été laissé de côté au moment du changement de gouvernement en 1997. Or, depuis lors, que peut-on constater ? Plus de trois ans après, aucune mesure significative, cohérente, n'a été mise en uvre. Le gouvernement n'a aucune vision de ce que sont les études médicales. Sous la pression, il fait passer une mesurette.
Que reprochez-vous exactement au texte soumis aux parlementaires ?
La réforme du concours de l'internat est une mesure qui s'impose, mais elle ne trouve sa logique que dans une réforme du contenu et des modalités d'accès du cursus qui la précède et de celui qui lui succède. Ce qui n'est pas le cas actuellement.
Est-ce à dire que le groupe que vous représentez votera contre la modification législative proposée ?
Nous voterons contre, ou nous nous abstiendrons. Cela reste à décider en fonction de la discussion qui s'instaurera et des réponses qui seront données à nos questions.
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